publié le 8 février 2008
Pour cela les préfectures ne se gênent plus quant aux méthodes utilisées ainsi qu’aux prétextes invoqués pour atteindre leur chiffre (d’affaire !). N’importe quel prétexte est bon à prendre : étudiant·e·s « jugé·e·s » non sérieu·ses·x dans leur parcours - à croire que la préfecture remplacera bientôt l’université – ; un couple mixte qui se marie devient un couple fictif (même la mairie s’en mêle en dénonçant tout mariage mixte)... On finirait presque par penser que la préfecture et la mairie ont pour but de fabriquer des sans-papiers, pour ensuite les expulser. Non, quand même pas !
Tout cela dans un contexte de suspicion généralisée et de tension sociale : contrôles au faciès dans les gares, centres de rétention administrative pleins et souvent en feu, jeu de cache-cache entre la police et ce qu’elle fabrique (des sans-papiers)... et bien sûr l’idée courante bien imprégnée dans la société que l’étrangėr·e est le problème de tous « nos » maux.
Face à cette tension, plusieurs journées d’actions et de solidarité aux victimes de cette épuration de classe [1] qui ne dit pas son nom ont été organisées. En France, le 2 Février fut une journée de mobilisation en soutien aux sans-papiers. À Dijon, ce fut l’occasion de mener une journée d’action commune avec les différents collectifs et réseaux de soutien aux sans-papiers de la région. Ainsi cette journée a réuni à Dijon des personnes venant de Chalon-sur-Saône, de Besançon, de Vesoul, etc..
La mobilisation a commencé à midi. Bien que retardé par les coutumes de l’administrarion de l’université - accueillant l’évènement- qui comme à son habitude se fait une joie de marquer sa présence par ses tracasseries ordinaires, le repas a regroupé une trentaine de personnes autour des différentes spécialités locales et autres.
Environ deux cents personnes se sont ensuite retrouvées devant la préfecture de Dijon dans le cadre de cette journée inter-régionale de soutien aux étrangers en situation irrégulière. Cela pour, une fois de plus, dénoncer la politique actuelle du gouvernement concernant l’immigration : mise en place de quotas d’expulsions à respecter pour les préfectures, politique de « l’immigration choisie », criminalisation des personnes sans-papiers, allongement de la durée de rétention dans les centres de détention administratifs... Le préfet ayant refusé d’accueillir des représentants des réseaux éducation et université sans frontières (une rencontre est prévue en cours de semaine), les manifestant·e·s ont décidé de partir en manifestation dans les rues piétonnes et marchandes aux cris de « sans-papiers expulsé, sans-papiers assassiné ! », « ni frontières ni nations, libre circulation ! »... avant de se retrouver devant la mairie de Dijon et de se disperser.
Une partie des manifestant·e·s s’est rendue à la fac poursuivre la journée avec une projection-débat qui - suite a des problèmes techniques - s’est transformée en débat-discussion autour de plusieurs problèmes et questionnements que se posent les différentes personnes présentes autour des luttes de sans-papiers. Diverses questions ont été abordées, notamment celle concernant la coordination des différents réseaux de soutien dans le but de renforcer leur action, en échangeant leurs savoirs sur les différentes pratiques. D’autres questions concernant les suites et les stratégies de ce genre de luttes ont soulevé un débat intéressant.
Les membres de l’administration universitaire, voulant apparemment absolument se faire remarquer, se sont distingués cette fois en interrompant l’apéro-concert qui a débuté aprés le débat. Néanmoins, ceux-ci n’empêchèrent pas le concert de se dérouler, notamment grâce au courage des artistes qui ont joué dehors sous le porche de l’université, ce qui a permis de continuer les discussions autour de quelques boissons réchauffantes et de rêver à d’autres mondes grâce à une musique enivrante.
RUSF21
[1] L’esprit d’immigration choisie consiste à « prendre les bons » ou ceux dont on a besoin, c’est-à-dire les diplomé·e·s, les artistes, les sportifves, maçons, plombiers et toute personne participant au rayonnement de la FRANCE, et de se débarasser du reste. On ne veut plus de l’ouvrier qu’on cherchait dans les montagnes maghrébines, mais du médecin qui soignera leur mal de dos (après tant d’années d’exploitation, c’est un peu normal !). Ca dit aussi beaucoup sur la place que donne ce pays à ses exploité·e·s.