publié le 26 juillet 2010
Jeudi 22 juillet Sarkozy déclare la guerre aux roms et aux gens du voyage et annonce l’"expulsion de tous les campements en situation irrégulière".
L’après midi même, la police de Chenôve découvre que des familles roms se sont installées dans des maisons que la municipalité laisse vide depuis trois ans en l’attente d’un hypothétique projet. Ces familles se sont déjà fait expulser de deux maisons par la force et à coup de tractopelle parle grand dijon dans les semaines précédentes, sans que celui-ci ne s’embarrasse de permis de démolir ni de procédure (voir article ci-dessous : "Suite de la chasse aux roms à Dijon"). Vers 15h, la police prend les papiers des occupants et s’apprête à procéder une nouvelle fois à l’expulsion.
Les familles alertent des soutiens qui arrivent rapidement, bien déterminés à ne pas laisser une fois de plus les autorités locales procéder à une expulsion, et mettre ces familles à la rue. La Mairie PS de Chenôve fait pourtant pression pour faire raser les maisons immédiatement de peur de ne pas faire aussi bien que la Mairie dijonnaise.
Une vingtaine de personne se rassemble, à l’intérieur et autour de la maison. Comme la police est néanmoins un peu statique et en l’attente d’ordre, l’adjointe au Maire, Sandrine Richard, envoie ses ouvriers détruire à coup de masse la maison d’à coté pour éviter tout risque qu’elle puisse être habitée aussi. Elle leur ordonne de s’attaquer ensuite à la maison dans laquelle se trouve les familles. Les ouvriers tentent de franchir la clotûre, sous les yeux des policiers qui soutiennent calmement cette "violation de domicile" à la hache. Les ouvriers sont repoussé par les soutiens, perdent leurs outils, et certains, dégoûtés, décident de ne plus obéir aux ordres.
Dès lors des renforts policiers arrivent, mais aussi des soutiens qui finissent par être une quarantaine à tenir le pavé et les grilles.
Le Préfet qui a peut-être peur de se voir limoger comme son collègue grenoblois veut prouver qu’il a la main ferme et ordonne à ses troupes de se préparer à expulser. Certains journalistes présents sur les lieux sont conscients que la police préfèrerait que les caméras partent pour mettre les familles dehors et décident de rester. Les personnes rassemblées ont fait clairement savoir qu’elles ne partiraient pas d’elle-mêmes et au fil des heures la situation se tend et devient de plus en plus incertaine d’un coté comme de l’autre. Dans ce contexte, un négociateur de la police arrive à isoler, sur un bout de parking qu’il fait garder, les deux individus qu’il a estimé suffisamment crédules et fragiles pour l’aider à trouver une fin "heureuse" à la situation et les intronise porte-parole des familles roms. Il va tenter par tous les moyens de faire accepter aux familles qu’elles partent volontairement de la maison en échange d’une nuit au foyer Blanqui et de promesses hypothétiques d’un avenir meilleur dont tout le monde sait qu’il ne les tiendra pas. Le but de l’opération étant d’éviter une intervention qui fasse tache, et de pouvoir faire l’habituel couplet à la presse sur le relogement des familles assuré par la préfecture, en évitant bien de préciser que c’est pour un soir seulement et qu’elles seront de nouveau à la rue le lendemain.
Le problème, ’c’est que malgré les rêves manipulatoires du diplomate en uniforme, les familles décident pour elle-mêmes, et qu’elle ne veulent pas partir de la maison. Voyant que ses "porte-paroles" ne servent à rien, le policier tente maladroitement sa dernière carte en allant enfumer directement les familles. Il est accompagné du directeur départemental de la sécurité publique en Côte-d’Or François Perrault qui s’est déplacé entre temps. Il voudrait rentrer dans la maison mais restera sous la pluie sur le perron, face à R., une des occupantes campée dans l’entrée de porte. Il lui déclare qu’il voudrait lui parler, qu’il a de grosses offres à lui faire, mais qu’"il faut qu’elle accepte de lui parler seul et sans les soutiens autour qui ne sont pas ses amis, contrairement à lui". Eclat de rire général. R. lui répond du tac au tac "je ne suis pas stupide, je sais qui sont mes amis, je reste avec eux. Nous ne mettrons pas les pieds au foyer Blanqui, c’est une prison. On reste dans cette maison." Il a perdu la partie. Son supérieur, peut-être soucieux qu’il ne se ridiculise pas plus longtemps, finit par admettre qu"il n’est pas certain de la légalité de l’opération et de la notion de violation de domicile et qu’ils ne pourront procéder à une expulsion par la force le soir même". Ils vont devoir lâcher la mairie de chenôve et la laisser lancer une procédure. Ils ont perdu la bataille, et la Mairie n’a plus qu’à envoyer rageusement à 9h du soir des ouvriers finir de péter tout ce qu’ils peuvent dans les maisons vides aux alentours, sous les insultes et les quolibets.
C’est indéniablement une victoire de la solidarité, de la détermination et du nombre face à des autorités qui se croient tout permis surtout en été, ne s’embarrassent même plus de leur propres lois, et ont décidé de faire table rase des Roms à dijon.
Le lendemain, une procédure est lancée, la Mairie de Chenôve vexée, a promis dans la presse qu’elle ferait détruire la dernière maison lundi et fait passer une référé d’heure à heure avec une audience pour lundi 10h, invoquant l’urgence. Les avocats des Roms vont pour leur part demander des délais. Lors d’un rendez-vous le lendemain le sous-préfet a confirmé que les grosses offres de la veille n’étaient que fumées,qu’aucun permis de séjour ni relogement, ni autorisation de chercher du travail ne seraient accordés à ces familles et qu’ils ne voulaient plus de Roms à Dijon. Il a même été jusqu’à proposer de réfléchir à financer le retour de ces familles, même si celles-ci n’ont plus ou pas encore droit à l’aide au retour (présence de moins de trois mois en France), à condition qu’elles promettent le soir-même de partir. Là encore le rêve d’expulsion volontaire n’a pas pris. A suivre dans les jours et les semaines à venir.
Article dans la presse web dijonnaise avec des photos : http://www.dijonscope.com/007314-quatre-familles-roms-menacees-d-expulsion-par-la-ville-de-chenove
Soucieux de venger ses collègues policiers frustrés, Gilles Dupont qui se dit journaliste au Bien public et y assure depuis plus de dix ans la rubrique "sécuritaire", pond un article à la une le lendemain et en remet une couche le surlendemain avec un pamphlet titré : "Expulsion des Roms "les libertaires sont dangereux"."
Nous ne nous attarderons pas sur la somme de mensonges et d’attaques que Gillou essaie de faire passer, cette fois en partie à travers la bouche d’une travailleuse sociale, militante au PS arrivée la veille et complètement désorientée.
La manipulation a été tellement grossière qu’elle-même, malgré toute sa naïveté dans la situation et son absence de connaissance du sujet, était révoltée de voir les propos qu’on lui avait fait tenir dans le journal et ce à quoi ils avaient été utilisés. D’autant plus qu’elle malgré tout été onformée depuis jeudi qu’elle avait été informée la veille qu’elle aurait désormais beaucoup de mal à obtenir un poste promotionnel qu’elle souhaitait et qui dépend de la mairie de Dijon ... !!. Au PS, on se mêle pas de défendre des squats de Roms, qu’on se le dise !. Elle a écrit un rectificatif au journaliste qu’elle nous a fait parvenir et demandé de rendre public (en pièce jointe à la fin). Même si ses écrits ne reviennent pas sur un certain nombre de bobards et d’approximations, ils ont au moins l’intérêt de montrer la manière dont un journaliste peut utiliser et retourner vos propos.
Pour notre part, nous ne nous attarderons pas plus qu’il ne le faut sur les inepties reproduites dans ce billet. Beaucoup des personnes présentes ce jour là savent ce qu’elles font et se battent depuis des années au coté de roms ou d’autres personnes "sans-papiers", que ce soit pas des coups de mains pratiques, des hébergements, des accompagnements juridiques ou des batailles politiques. Elles savent reconnaitre leurs ennemis et n’attendent rien d’autres d’un personnage aussi sinistre que Mr Dupont. Le collectif "un toit pour toi" précise néanmoins pour les âmes crédules qu’il a défendu ces familles sur le terrain depuis plusieurs semaines face aux attaques du Grand Dijon. (voir communiqué : http://www.dijonscope.com/files/documents/007181-2010-07-13-communique-de-la-cai sse-de-solidarite-21-relatif-a-l-expulsion-de-roms-rue-sully.odt ), qu’il est intervenu à leur demande pour tenter d’empêcher l’expulsion ce qui a marché et est resté en concertation avec les familles tout au long de l’après-midi partant du principe que celles-ci décident pour elles même et que l’on en a soupé du paternalisme humanitaire misérabiliste qui semble parfois motiver et diriger le soutien aux roms ici comme ailleurs. Inutile de dire que nous avons un peu rit jaune en lisant que nous avions convaincu une femme de laisser ses enfants à l’intérieur, surtout après s’être organisé pour conduire des enfants à l’extérieur, et que nous avions disparu après la police, surtout vu le temps passé depuis avec les familles et pour organiser la défense juridique.
Qu’attendre d’un "journaliste" qui a sa source d’information principale place Suquet, qui est arrivé en serrant une par une les paluches de ses collègues policiers, est resté soigneusement sur le trottoir d’en face et a passé une partie de l’après-midi assis à faire des blagues dans la voiture de ses potes de la BAC et raconte avec la plus grande excitation sa nuit passée avec eux dans le Bien Public ce samedi (Dijon BAC night. extrait : "Il est 4 heures du matin. L’heure de passer le relais à d’autres équipes. « C’était une belle nuit, non ? » Un dernier café… jusqu’à la prochaine « soirée de BAC" mmmm, ça fait envie... ).
On comprend donc qu’il ait souhaité consoler ses collègues qui ce jeudi avait déjà chaussé les gants, les gazeuzes et les matraques, ont attendu l’après-midi sous la pluie pour passer à l’action et ont dû rentrer bredouille à la maison. Rappelons que Gilles Dupont a pris parti depuis longtemps et mène vaillamment sa courageuse bataille contre les roms et leurs soutiens à grands renforts d’edito racistes, de fantasmes sécuritaires et de généralisations discriminantes. Rappelons que Gilles Dupont avait relayé comme des faits avérés et avec les exagérations de rigueur les divers montages policiers et accusations mensongères d’"escroquerie à la CAF," de "recel" et autre "mendicité abusive" qui avaient conduits sur la base de délations plusieurs roms en prison pour des mois en avril 2008. Alors même que la justice reconnaissait que tout cela ne tenait à rien et que les poursuites étaient abandonnées, Gilles Dupont avait continuer à sortir des éditos brillants avec des titres évocateurs comme "Oui il y a un problème Rom", resservant un pur condensé de fantasmes xénophobes sur des « arrivées et départs planifiés par une organisation qui les exploite et tire de grands profits de la mendicité ou des vols », ou encore sur une « société parallèle, gérée par des patrons, qui organisent les tours de manche, frappent ceux qui ne rapportent pas assez, apprennent aux plus jeunes le vol et la ruse, esclavagisent leur peuple à l’échelle d’un continent, et s’enrichissent de la misère des leurs ». Son objectif avoué étant bien d’assimiler toute la population rom à une mafia régie pas des tyrans, menaçant d’envahir la ville et de dévaliser nos grand-mères.
Suites de la chasse aux Roms à Dijon ----
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Le vendredi 25 juin 2010, l’ancienne caserne, rue des Creuzots, où avaient cohabité depuis presque un an jusqu’à 150 ressortissant-e-s roumain-e-s a été expulsée et rasée dans la foulée. Avec un humour cynique imparable, le préfet, Christian de Lavernée a envoyé ce jour là à la presse un communiqué titré "Opération de relogement en cours pour les occupants du squat des Creuzots à Dijon". Trêve de relogement, c’est en réalité une centaine de policiers qui sont venus, bientôt suivis par des tractopelles et ouvriers, pour mettre tout le monde dehors manu militari. Les affaires personnelles des occupant-e-s, matelas, gazinières, meubles, jouets et autres ont été enterré sous les décombres ou mises dans des bennes à gravats sur ordre de la police sans que leurs propriétaires puissent les récupérer, afin de les décourager de toute autre tentative de s’installer ailleurs. En guise de nouvelle maison, les habitants de la caserne ont eu droit à 3 jours en foyer d’où ils ne pouvaient sortir après 6h du soir, avant un retour, vivement conseillé, en Roumanie. Mais toute cette opération n’avait pas seulement pour but de nettoyer la ville de ces populations indésirables, puisque comme le confirmait le préfet dans son communiqué, "La mise en œuvre de cette décision de justice est importante pour réaliser deux projets d’aménagement attendus dans l’agglomération dijonnaise". Ces deux projets sociaux tant attendus étant une prison "nouveau concept" (voir blabla hors série) et un centre d’insertion par l’armée de jeunes pauvres et voyous, dit centre "2e chance". (sic)
Suite aux remous provoqués par les diverses mobilisations et révélations sur la répression, le harcèlement policier et l’incarcération de plusieurs Roms à Dijon sous des motifs fallacieux (voir blabla hors série "la chasse aux Roms à dijon"), il avait semblé que les autorités locales se soient un peu calmées. Elles n’avaient peut-être que changé momentanément leur fusil d’épaules en vue de faire passer la pilule d’une expulsion à grand échelle devenue gênante. L’ADISAR, une association à vocation humanitaire de soutien aux Roms a en effet pu au cours du printemps négocier quelques "récépissés de demandes de cartes de séjour" leur donnant autorisation de rester pour une période de 3 mois éventuellement renouvellable (un an maxi) selon appréciations et controles très cadrée par la préfecture tous les 3 mois et valant durant cette période autorisation de rechercher du travail pour 11 personnes jugées plus intégrable que les autres, or bien d’autres familles présentes depuis plusieurs années à Dijon répondent à ces mêmes critères .
Si cela représente une avancée pour les rares qui ont pu en bénéficier, l’intégration à la française pose aussi question à certain-e-s : "La caserne c’était dur mais au moins on était ensemble, avec nos amis ; ça vivait et on rigolait, on pouvait se donner des coups de main, s’échanger des choses. Moi j’ai été super triste quand ça s’est fini. Après le foyer, on pouvait pas sortir, c’était comme une prison. Alors là, on a un studio c’est mieux, mais on est pas habitué non plus à vivre tout seul comme ça, sans la famille et les amis. Souvent c’est triste. On a voulu nous transformer en bons français en quelques jours, mais on peut pas effacer notre culture et nos manières de vivre comme ça d’un coup".
Pour la préfecture et la Mairie en tout cas, la contrepartie semble cependant être claire : plus question que d’autres Roms arrivent ou restent sur dijon, plus de mendicité ni de squats et plus de protestations maintenant qu’une collaboration "bienveillante" est amorcée.
Fin juin néanmoins, suite à l’expulsion de la "Caserne", un certain nombre de familles qui avaient refusé le retour en Roumanie et qui souhaitaient continuer de vivre à Dijon ont réoccupé des maisons vides près des facultés. Ces maisons devaient à terme à être rasées pour laisser place au passage du tram et à un futur projet d’agrandissement de l’esplanade de la Fac ("esplanade Erasme" dans le cadre du projet "Grand campus") et ont été rachetées par le Grand Dijon qui en a exproprié petit à petit les anciens propriétaires.
Le 7 juillet, les services du Grand Dijon, la police et des compagnies de travaux sont venus expulser les familles illégalement et sans s’embarrasser des procédures censées garantir un certain nombre de droits, même aux occupant-e-s sans droit ni titre. Après avoir sorti violemment les personnes des maisons, des ouvriers ont dévitalisé les lieux comme cela semble être devenu le nouveau sport local pour empêcher que des maisons vides soient utilisées : détuilage, trous dans les toits, cassages des portes, escaliers et fenêtres. Avec plus de 8000 logements vacants recensés dans l’agglo, à ce rythme là, Dijon va vite être troué de partout. Précisons qu’il n’y avait même pas de permis de démolir sur ces maisons. Mais en été, il semble que plus encore qu’à l’habitude, on ne s’embarrasse pas d’obstacles légaux et qu’on imagine que tout le monde va fermer les yeux.
Après s’être faites expulser aussi des pelouses de la Fac, sur lesquelles elles s’étaient réfugiées, les familles ont cependant décidé de revenir à l’intérieur de l’une des maisons, pour tenter tant bien que mal de garder un abri pour l’été. Le lundi 12 juillet, alors qu’un responsable du Grand Dijon était venu leur dire que la police viendrait les expulser de nouveau et que les maisons seraient détruites le lendemain, les occupant-e-s ont alerté un certain nombre de personnes qui ont commencé à se mobiliser et à se relayer autour de la maison.
La caisse de solidarité [cf. précédent numéro de Blabla] a diffusé un communiqué pour appeler à ne pas laisser se remettre en place de telles pratiques : laisser expulser des personnes sans même une procédure légale, laisser détruire systématiquement des maisons vides et ce sans même qu’il y ait de permis de démolir ou d’utilisation à court terme des locaux, et laisser la police et le Grand Dijon traiter les Roms ou qui que ce soit d’autre d’une manière aussi brutale et discriminante et se croire ainsi tout permis.
Malgré les pressions qui pèsent sur eux, certain-e-s de ceux qui avaient pu obtenir un boulot et un appart ont pu passer discuter, faire un geste de solidarité et un peu de traduction pour faciliter les échanges avec les personnes venues soutenir : "on était dans la même situation il y a un mois et c’est bien possible qu’on y retourne dans un mois, alors c’est normal qu’on vienne donner un coup de main et puis les gens ici, c’est la famille et les amis."
À l’extérieur, l’ambiance était plutôt aux coups de pression, avec le directeur général du Grand Dijon, Phillippe Berthaut, venu arracher de ses "propres" mains les panneaux légaux collés sur la façade et précisant qu’il ne pouvait y avoir d’expulsion sans procédure et décision du tribunal d’Instance. Voyant que les maisons commençaient à être resquattées et que la destruction partielle des logis n’avait peut-être pas suffit, celui-ci avait fait accélérer encore les ordres de démolition. Le mardi, le dernier couple de locataires officiels de la rue, solidaires de leur voisins de fortune, reçoit un coup de téléphone leur annonçant que leur maison va être détruite dans l’après-midi : "Je suis en rage. On devait rendre les clés jeudi. Notre nouvelle maison est à 60 kilomètres et on n’a pas fini de déménager. Franchement qu’est-ce qu’il leur prend ? Il n’est pas question qu’ils touchent à cette maison aujourd’hui ou alors il faudra me passer dessus. Et puis c’est dégueulasse ce qu’ils font aux familles d’à coté. Nous on les aimait bien. Vu qu’on habitait à côté on leur apportait de l’eau, des gâteaux..." La chef de travaux de l’entreprise Vigot, qui commence la démolition des premières maisons sur le champ en courant dans tous les sens n’a pas cette compassion. Elle sourit aux gamins roms quand elle passe devant leur maison, mais déclare 10 minutes plus tard : "Moi j’y suis pour rien, je reçois des commandes de la Mairie de Dijon et on les exécute et là on doit tout raser, même la maison où ils sont ." Quand on lui fait remarquer qu’elle ne peut pas écrouler une maison avec des personnes à l’intérieur et qu’il n’y a même pas de permis de démolir, elle maintient le sourire et réplique de nouveau qu’elle n’en sait rien rien mais que c’est pas son boulot de se poser ces questions. On se prend à rêver que la maison sur laquelle elle ordonne à ses gars de s’acharner s’écroule sur elle.
Le soutien physique, la visibilisation des coups de vice du Grand Dijon et les articles dans la presse ne suffiront pas pour cette fois. Jeudi 15 juillet, alors que même la police, revenue sur les lieux, semble avoir décidé de ne pas braver la loi et renoncé à expulser, les têtes du Grand Dijon vexées ne veulent pas lâcher l’affaire et envoient à 18h30, l’exécutrice de Vigot et son tractopelle écrouler les murets qui bordent la maisons avec les personnes encore à l’intérieur. Elle avertit ensuite plusieurs fois, avec son empathie habituelle, que le prochain coup de pelle sera pour le toit de la maison que les gens sortent ou pas. Seule l’arrivée de quelques soutiens et de la presse finissent par la calmer. Mais le soir même les familles ébranlées par la succession de pressions et de menaces et lassées de vivre dans un champ de ruines, finissent par décider de s’installer ailleurs.
L’avenir de ces familles reste sombre à Dijon, et sans solidarité effective, la politique de chasse risque de se poursuivre. Il nous faudra de nouveau marquer des coups pour faire rempart au sursaut répressif de la municipalité et des ses agents. D’autant plus qu’au niveau national, le secrétaire d’Etat chargé des affaires européenne, M. Lellouche fait grand bruit sur la criminalité Rom et fait pression sur le gouvernement roumains pour qu’il fasse venir ses policiers et magistrats côté français pour aller traquer les Roms. Il a annoncé par ailleurs une révision des aides au retour jugées coupables de stimuler la migration et promulgué, comme Berlusconi, la création d’un fichier national d’empreintes digitales des ressortissant-e-s roumain-e-s ayant "bénéficié" d’un retour afin d’être sûr qu’ils ne reviennent pas par ici. Parallèlement, l’Etat fait expulser les Roms occupant le quartier du Hanul à St-Denis (93), le plus ancien camp en région parisienne. Après des siècles de rejets, de pogroms et de discrimination, le temps du répit est loin d’être venu pour celles et ceux que commission européenne présente aujourd’hui comme une "menace pour la cohésion sociale en Europe".
— - Lettre ouverte de Christelle Dubard à Gilles Dupont suite à l’article du Bien Public "Expulsion de Roms : les libertaires sont dangereux"
Monsieur, je tiens à rétablir certain des propos que vous avez tenu dans votre article du vendredi 23/07/2010, intitulé " les libertaires sont dangeureux". Dèjà le titre de l’article m’interpelle !! En effet, je ne vous ai pas contacté pour mettre ceci en gros titre, mais simplement pour vous rapeller que vous n’aviez pas intérrogé toutes les personnes impliquées dans la situation et fait au plus pressé, comme je m’en doute.
La teneur de mes propos était de dire que Mr leba et moi-même nous sommes retrouvés à négocier pour que les Roms soient relogés dans un endroit descent, qu’ils soient accompagnés dans leurs demarches administratives, avant de se retrouver dans l’illégalité et qu’on leur rende leurs papiers. Nous avons oeuvré aussi avec tous, pour que les choses se passent le plus sereinement possible pour ces familles.
Je me suis retrouvée dans cette situation, avec Monsieur Leba à la demande des services de police qui ne souhaitaient pas discuter avec les libertaires. De mon côté, je n’étais présente dans cette situation que depuis la veille au soir et Mr Leba, depuis le début (15 jours environ).
La tension de cette situation a été particulièrement difficile à gérer, pour deux personnes, qui ont agi individuellement et pour la première fois en ce qui me concerne. En effet, Il y a eu des grands moments de solitude, notamment la nuit pour Mr Leba qui dit avoir passé du temps seul les 15 premier jours, ce qui m’a paru difficile à vivre pour un seul homme. Il en a parlé à des amis communs et c’est la raison pour laquelle je l’ai rejoint, sans raison de ne pas le croire. Il serait souhaitable de le verifier auprés de lui, car il y a des doutes aujourd’hui, sur cette aspect de l’histoire, y compris de mon côté. Par contre, je sais qu’à d’autres moments, les associations en question, dont " un toît pour toi", on été présentes, et le sont encore sur certains plans, qui soutiennent grandement les Roms.
J’ai appréhendé les choses telles que je les ai vues sur le moment. Notamment la question des enfants qui dans votre article n’est pas exacte : certains membres du collectif on soumis l’idée qu’il serait mieux que les enfants restent, d’autres on demandé l’avis aux parents et une maman est partie avec les enfants amenés par une personne de l’association en question. Moi j’ai été choquée par la proposition de départ, mais il est FAUX que la maman ai été contrainte de rester et je n’ai pas tenu ces propos.
La question du logement des Roms aux Tanneries, est le reflet de propos des uns et des autres, des miens également et personne n’est d’accord. En tant que journaliste, il me semble important de recouper les propos de tous avant d’écrire et notamment ceux des Roms, qui n’ont pas tous le même point de vue sur la question. Les avez vous rencontrés ?
En vous contactant je souhaitais que vous relatiez tous les efforts communs et non les désaccords pouvant se produir entre les différents intervenants. Vous deviez joindre Mr Leba, qui connaissait bien mieux la situation que moi. Cela n’a pas été fait.
Par ailleurs, que mes idéaux soient différents de ceux du collectif, cela me regarde, le propos de l’article ne devait pas être "les idées de Mme Dubard", surtout dites de la sorte, avec en plus des inexactitudes. Le propos était les Roms et les actions entreprises.
Je vous demande de bien vouloir publier cet article tel quel. De toute façon je trouverai le moyen de le faire savoir si vous ne le faites pas. Mr le Sous-Préfet Grimaud est au courant de ma démarche et sera sans doute intéressé de lire cet article.
Christelle Dubard.
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