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Occupation d’Erhel Hydris : "Les patrons, ils sont dehors !’

publié le 27 octobre 2009

Depuis le 12 octobre, les salariés d’Erhel Hydris, avenue de Stalingrad, occupent leur usine pour faire face à un plan orchestré de liquidation.
Rencontre avec quelques uns d’entre eux sur leur piquet de grève.
Les salariés ont finalement trouvé un repreneur, l’occupation est levée.

Une liquidation à petit feu :

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Depuis février, l’activité de la boîte ralentit, jusqu’à 7h/semaine en août, avec mise en chômage partiel. La liquidation du site était prévue de longue date, le groupe financier qui a racheté l’usine a revendu le terrain en 2006 et le loue depuis à un promoteur, et il a ouvert une usine en Chine qui exploite la marque Erhel. Comme souvent, les pouvoirs publics ont préféré rester dupes : en 2003, ils investissent un paquet de subventions pour financer une nouvelle machine. En septembre 2009, le patron argue d’un problème de trésorerie pour ne plus verser les salaires :

« ça faisait un mois et demi qu’on était plus payé, ils nous ont dit qu’ils étaient en cessation de paiement, qu’ils pouvaient plus assurer les salaires. Les mois précédents on avait encore un petit peu de boulot, mais y’avait pas de camelotte qui rentrait, donc automatiquement les commandes elles étaient annulées. On a eu des commandes qu’on a pas pu honorer : "manque de matière". On avait une trentaine de commandes, en un jour y’a eu 20 annulations. Et après ils ont débloqué une enveloppe, on pensait que c’était pour les salariés, mais en fait c’était pour acheter de la matière pour qu’on travail sans être payé, faut quand même le faire. Y’a pas écrit pigeon là ! Au mois de septembre on a pas été payé, on avait une prime semestrielle qui devaient être honorée le 30 juin, on l’a pas reçue, on est allé aux prud’hommes en référés, on a gagné mais ils ont pas payé ».

« On a été racheté par le groupe Fimopart ; quand il nous ont rachetés ils étaient 1200 salariés, ils sont tombés maintenant à 780. Toutes les turnes se cassent la gueule, parce qu’ils ont fait tellement de magouilles... C’est pas des industriels, c’est des financiers : quand ils achètent une boîte ils regardent pas les emplois, ils regardent les bâtiments et les stocks. Nous on a travaillé pendant 8 mois avec nos stock, on a fait un chiffre d’affaire de 15 millions d’euros. Mais après ils ont plus investi d’argent : en 2003 de 15 millions on est passé à 14, après 14, à 9, après à 7, après à 4, pourtant on a toujours vendu le même produit. Faut arrêter, on nous dit que c’est la crise, c’est pas la crise, c’est du fait exprès. »

« Ils nous ont volé notre marque, ils ont fait une holding, et ils ont monté Erhel China, soi-disant c’était pour sauver la boîte. Ce qui est un peu ridicule c’est que tout ce que Erhel China envoyait de Chine, on devait tout y reprendre, ou bien si le client avait besoin de 30 hayons en urgence, la Chine y savaient pas faire, donc nous on les faisait ici, mais prix chinois - donc payé trois fois rien - puisqu’il y avait un contrat ! »

« Le dirigeant on le connaît, parce qu’à Bordeaux il travaillait déjà avec le groupe. Quand il est arrivé chez nous, on l’a appelé le fossoyeur. Parce qu’à Bordeaux ils avaient une usine qu’ils ont coupée en deux, et ils en ont liquidé la moitié. »

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« On a eu une discussion avec notre actionnaire, il nous a dit "on va vous revendre, parce que vous faites pas partie du même secteur que nous". Alors que dans le groupe Fimopart y’a que de la métallurgie, nous on fait de la métallurgie, et après on s’aperçoit que ce monsieur voulait reprendre "petit boy", "petit boy" c’est des vêtements pour enfants ! »

« Je suis rentré dans la boîte, on était 180, on est plus que 48. Tout ça avec des plans de licenciements de pas plus de 9 personnes à chaque fois [pour éviter les contraintes légales]. Le pire c’est en 2005, y’a eu un plan social de 9 personnes. Cette fois ci on a versé 786 000 € d’indemnités de licenciement, mais c’est parce qu’il y avait le directeur... c’était un parachute doré quoi. »

« Dans une boîte du groupe qui allait fermer, le patron il leur a dit "le préavis vous le faites chez vous", les mecs ils se sont barré chez eux, et maintenant ils ont eu de la merde, 3000 €. Après ils se sont dit on va réinvestir l’usine, mais ça marche pas, c’est pour ça que nous on est là. Y’a un directeur d’usine ce qu’il a fait c’est de faire venir des mecs pour récupérer les machines à coup de chalumeau. Une autre usine à Lisieux, ils sont partis en congé, et quand ils sont revenu, l’usine elle était vide.  »

"y’a pas écrit pigeon là !"

Ce que la liquidation risque de briser, c’est des camaraderies de toute une vie. La plupart travaille ensemble depuis 25 ans, ils sont potes, le plus jeune a 10 ans de boîte. Et puis, si l’usine doit fermer, ils entendent bien ne pas partir les mains vides : "Déjà on cherche un repreneur. Mais sinon, on veut partir avec quelque chose de bien, de potable".
Alors pour pas se laisser liquider aussi facilement que les autres filiales du groupe, ils ont choisi les grands moyens : occupation, barricadage des entrées et menace à la bouteille de gaz. Tout le monde s’est mis dans l’occupation et ils insistent sur le fait qu’ils ne veulent pas se perdre et qu’ils sont déterminés à essayer de rester ensemble jusqu’au bout, même si ça ferme.
Et ça paye : les journalistes accourent, le préfet et les politiques se préoccupent soudain de leur cas, et après 4 jours de grève, une partie de leurs salaires leur était payée. Un constat partagé par tous : ce n’est que par la solidarité avec les autres travailleurs qu’ils trouveront une issue à leur conflit. Pour l’instant, il n’y pas de jonction avec les Barry Callebaud ou ceux de Ceric Automation à Nolay, mais quelques habitants du quartier Stalingrad manifestent leur sympathie pour les grévistes, et un fournisseur leur a livré un stock de palettes pour le brasero à l’entrée. Mais parce qu’"en France, y’a plus assez de solidarité", un drapeau basque flotte sur le mat à l’entrée de l’usine...

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« On couche même ici la semaine, tous les soirs y’a quelques personnes qui dorment ici. Le midi on mange ensemble ici, et le soir on se relaie, c’est jamais les mêmes qui restent.
Ici on n’est que 48 personnes, on n’est pas beaucoup pour des manifs et tout, après faut trouver des gens qui soient solidaires, mais les gens quand ça les concerne pas... Y’a pas assez d’entraide, la CGT, la FO, quand y’a une boîte qu’est dans la merde ça devrait faire comme dans le temps, les salariés des autres boîtes devraient venir les aider, et réciproquement. Y’a eu un site où les ouvriers de Caterpillar sont aller filer un coup de main à d’autres ouvriers en grève, là c’est de la solidarité. Entre eux ils s’échangent des infos, ce qu’il faut faire ou pas.
Ici Erhel c’est le village gaulois, y’a les romains autour et nous on est là.
 »

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« C’est la première fois en 22 ans que je suis là qu’il y a une lutte comme ça. Ici y’a qu’un syndicat, c’est FO. Enfin, y’a eu la CFDT, mais on les a foutu dehors, ils étaient du côté du patron, ça s’était monté juste pour les 35h.
Quand y’a un gros problème, l’étiquette syndicale n’a pas à voir, après c’est l’humain qui joue. Que tu sois CFDT ou machin, y’a plus de syndicat après. Parce que si le syndicat me dit t’es con de mettre les bouteilles de gaz, je vais le faire quand même, je vais pas suivre FO, parce que le jour où ils vont nous mettre dehors c’est pas eux qui vont trouver du boulot à mes gars, ou à moi.
 »

« Ahh ça, ça a fait jaser les bouteilles de gaz ! Parce que le premier jour qu’on a fait notre mouvement de grève, on n’avait rien du tout, personne. Ensuite une fois qu’on a mis les bouteilles de gaz, fuiiit, alors là incroyable, ça a fait bouger plein de monde ! ... On n’est pas fou non plus à faire sauter notre usine... enfin, on verra par la suite, ça dépend... vous voyez le drapeau là. Pour l’instant on attend un repreneur, après on verra, on peut aller plus loin. Nous on reste imprévisibles. y’a le RG il est venu nous voir, il nous a dit : "qu’est-ce que vous comptez faire ?". On lui a dit on sait pas... ; il a été à la préfecture il a dit "ils sont gentils", et puis le lendemain il est revenu et il a vu qu’on avait mis des bouteille de gaz !" »

« J’aurais un reproche à faire, c’est à monsieur Rebsamen. La mairie nous soutient, mais quand on voit que l’UMP vient nous voir ici, et qu’eux ils viennent pas, bon ben ils nous soutiennent mais de loin. On leur a demandé qu’ils nous donnent 40 plateau de la cantine à côté, on attend encore. » [1]

« Les patrons ils passent plus ici, les patrons ils sont dehors, les patrons c’est nous maintenant ! Y’avait un dirigeant sur place, mais quand on a monté notre mouvement de grève, il s’est pointé à la porte et on lui a dit vous vous avez rien à faire là. tu dégages, t’es licencié. Il avait quelques affaires personnelles à prendre, on l’a accompagné, et après fuiiiit, dehors ! C’est un mec hautain, il pensait pas qu’on allait lui interdire l’accès. A Bordeaux les mecs ils faisaient grève comme nous mais il rentrait dans l’usine, tandis qu’ici nan, il rentre pas. »

« Le préfet nous a fait comprendre qu’il nous sortirait à coup de bâton. "La carotte ou le bâton, pour l’instant c’est la carotte mais s’il faut que j’utilise le bâton je l’utiliserai". On lui a dit "attendez c’est des menaces ou quoi ?" ».

En attendant d’utiliser les vrais matraques, l’Etat utilise d’autres moyen de pression : deux inspecteurs du travail, dont la fonction consiste normalement à protéger les salariés, sont passés à 9h du soir sur le site occupé pour vérifier les conditions d’hygiène et de sécurité (présence d’alcool notamment).

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Après l’interview, des salariés nous font visiter la boîte, pas peu fiers de présenter le site immense, les machines, la qualité des pièces produites. Pourquoi pas une reprise en coopérative alors ? C’est compliqué, et ce n’est pas vraiment envisagé comme une solution viable, notamment parce que la marque appartient désormais à Fimopart, et qu’il faudrait la racheter à prix d’or pour pouvoir s’assurer de garder les clients. Cela dit, le même problème se pose pour un éventuel repreneur. Les salariés essaient d’y croire quand même, et ont pris eux-même en charge les démarches pour trouver un nouvel employeur, avec comme objectif de garder tout le monde. La date limite pour la reprise tombe cette semaine. A suivre....

Notes

[1] Depuis le Grand Dijon s’est impliqué plus dans le soutien, et aide à trouver un repreneur



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