publié le 16 janvier 2009
Hier soir (mardi 13 janvier 2009), vers 1H45 du matin, après une soirée arrosée, je suis sur le trottoir, devant le bar qui vient de bien nous abreuver. On fume une cigarette entre potes.
Passe une voiture de flic qui roule très au-delà des limitations réglementaires et file devant nous sans qu’on ait le temps de dire merde.
Je gueule quand même « la police », comme ça, dans l’élan de vitesse. Alors on rigole, on se fout de la gueule, sur notre trottoir, de ces flics que l’on trouve dangereux.
On va se resservir un verre et puis on retourne fumer une cigarette, dehors sur le trottoir.
Repasse la voiture de condé. Je ne peux m’empêcher de me tourner face à la voie. La fourgonnette a les vitres baissées. Je les regarde, marmonne quelque chose comme « il est tard », sous entendu « pour que vous patrouilliez dans les rues » (je ne sais plus vraiment quoi, tout se passe très vite) et la voiture s’arrête.
Trois mecs descendent, me demandent mes papiers, m’embarquent et me conduisent à l’hôpital pour faire un examen médical avant d’entrer en cellule de dégrisement…
Je ris un peu quand même pendant le voyage, parce que j’ai bien bu, et parce que je me dis que l’expérience vaut le coup : connaître ce que l’on ne connaît pas ou que l’on à pas l’occasion de découvrir souvent. Ça m’excite. Et ça va en fait plutôt vite m’emmerder !
Ils me parlent évidemment comme des chiens, se foutent ouvertement de ma gueule tout le long de l’examen, rigolent entre eux de mon allure, etc.
Ils font finalement ce que font tous les flics aujourd’hui, et méprisent profondément les gens qu’ils sont censés « protéger ».
Je me mets à penser un moment que c’est peut-être ce qu’ils préfèrent dans leur boulot… mais j’oublie vite parce que l’on part pour le commissariat de Dijon place Suquet.
Arrivés à destination, ils me demandent de vider mes poches, de laisser toutes mes affaires que je récupérerai en sortant.
Le plus petit des keufs, le plus hargneux (peut-être parce que je le dépasse d’une bonne tête et demie) veut me laisser seulement ma chemise et mon T-shirt pour passer la nuit. Le gardien décide de me laisser ma veste et mon pull. Il doit savoir qu’il fait plutôt froid et humide dans ses geôles.
Me voilà partit pour 8h d’enfermement dans 6 mètres carrés : cachot moderne. Alors je m’allonge et essaye de m’endormir. Les keufs reviennent me demander où j’habite sur Dijon. J’essaye de me rendormir.
Michel (on va l’appeler comme ça) qui est dans la cellule d’à côté me réveille en gueulant que les flics sont des « enculés », des « connards de merde » et ça me réconforte un peu. Alors je me mets à chanter pour l’accompagner (c’est ma première nuit chez Maud et je suis un peu intimidé). Je fais aussi un peu de bordel, mais bientôt les flics viennent mettre des menottes à Mimi parce qu’il cogne trop contre la porte. Tout se calme.
Alors je m’endors sur le beau sommier de lattes de bois. Et pas n’importe quel bois : du chêne monsieur ! Constatant l’attention particulière de la police nationale pour le couchage de ses « dégrisants », je sombre dans un mauvais sommeil.
Je sors le lendemain matin (aujourd’hui) à 10h15, après m’être fait extorquer des infos personnelles par Mireille et Bruno (…) deux nouveaux condés. Je reprends mes affaires et rentre chez moi.
Au final, cette expérience c’était vivre pendant un peu plus de 8h le fait d’être traité comme de la merde par l’appareil policier de l’état.
En cela je remercie ces cons de flics.
Parce ça balaye pas mal de points qui peuvent poser question dans l’apprentissage de la vie (méditations bien pensantes sur la prison, son usage, les manières policières, le renvois des sans-papiers, et tout le reste).
Et puis bien sûr, ça aiguise ma hargne face aux fonctionnaires policiers : « I want to fuck you like a animal » comme dirait l’autre.
Par contre, se faire embarquer pour « ivresse sur la voie publique » lors d’une soirée tranquille est un constat navrant pour la ville de Dijon. La police est sûrement resté très poujadiste et nostalgique de son centre-ville mort : la belle époque dijonnaise d’il y a moins de dix ans.
Et les trente caméras de vidéo-surveillance qui s’installent dans le centre ville ne risquent pas bonifier l’esprit de la ville.
Combattre ou fuir Dijon ?
Pour bien démarrer l’année, pour comprendre qui tu es, où tu es et ce que tu vis, bois trop et cherche un peu les flics. Tu rencontreras sûrement une belle cellule de dégrisement, peut-être même Maud avec qui j’ai passé la nuit.
W.