Création d’un comité de lutte contre la biométrie, suite des actions
publié le 7 février 2008
La biométrie, c’est un moyen d’identification des individus par le biais de machines qui capturent, mesurent et enregistrent des éléments du corps pour les stocker en tant que données informatiques. L’ADN, la rétine, l’iris, les empreintes digitales, la forme du visage, la contour de la main, la voix, l’écriture manuscrite ou encore la démarche ou le réseau veineux en sont des exemples.
« L’efficacité de ces technologies repose sur le fait que ces données changent peu voire pas et qu’il est très difficile de s’en défaire »
Pas vraiment : la biométrie est de plus en plus présente dans notre environnement quotidien, notamment grâce à l’inquiétante collusion entre État et lobbies industriels : en 2004 était publié le livre bleu par le GIXEL [1]. Ce livre bleu comprenait des recommandations de ce lobby au gouvernement français pour faire accepter la biométrie par la population. Les membres du GIXEL déclaraient :
« Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels. Elles (ces nouvelles formes de contrôle social) devront être accompagnées d’un effort de convivialité par l’apport de fonctionnalités attrayantes :
éducation dès l’école maternelle (entrée dans l’école, accès à la cantine...) ;
introduction dans les biens de consommation, de confort ou des jeux (téléphone portable, voiture, domotique, jeux vidéos...) ;
développer les services « cardless », (à la banque, dans les supermarchés, dans les transports, pour l’accès internet). »
En Côte-d’Or, au moins six collèges et un lycée sont équipés de bornes biométriques [2] : « C’est pratique, rapide, plus de cartes perdues ou de fraudes, besoin de moins de personnel à la restauration scolaire ; la borne biométrique installée à l’entrée de l’établissement scolaire permet de contrôler les présences/absences, identifier la ou les personnes qui viennent chercher les enfants... ».
Mais ce n’est pas tout ! Vous en reprendrez bien une petite louche ? La biométrie arrive de façon massive également dans le monde de l’entreprise : les salarié·e·s de France 3 Bourgogne ont découvert récemment une de ces bornes à l’entrée de leur bâtiment.
D’un côté, la construction d’établissements pénitentiaires pour mineurs et l’abaissement de l’âge d’incarcération à 13 ans, l’intervention de plus en plus fréquente et encouragée de la police dans les établissements scolaires [3], la multiplication des effectifs de police ainsi que des fichiers de renseignements (base élève notamment) et leur centralisation.
D’un autre côté, la massification du fichage ADN, ainsi que la multiplication de la vidéosurveillance et des outils de surveillance (dont la biométrie), forment un couple technologies/contrôle social de plus en plus perfectionné dans la droite ligne du « tout-sécuritaire ». Si vous pensez n’avoir rien à vous reprocher, sachez que de nombreux nouveaux délits ont été créés ces dernières années, comme par exemple le délit d’outrage à enseignant (prison ferme), « le stationnement dans les halls d’immeubles », ou encore « la fraude dans les transports en communs » (prison ferme également...). Les personnes venant en aide aux sans-papiers ont de plus en plus de poursuites judiciaires concernant leurs prises de (’op)position...
Selon Lucie AUBRAC, (aujourd’hui décédée), résistante de 1939-1945, si la carte d’identité biométrique avait existé sous l’occupation, elle-même n’aurait pas survécu et la résistance aurait été impossible... A-t-on besoin d’attendre d’être dans un régime fasciste pour refuser de voir anéanties nos marges de résistances ? À force d’attendre la technologie de trop, la loi « trop totalitaire », aurons-nous encore demain les moyens de refuser, de résister ?
On nous dit qu’il ne faut pas s’en faire, que les données recueillies dans le cadre de l’accès cantine (par exemple) ne sont pas censées être utilisées dans un autre cadre. On nous dit que nos libertés individuelles sont protégées par la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés), institution fantoche subventionnée par l’État et qui valide entre autres l’arrivée de la biométrie dans les établissements scolaires, le traçage des déplacements sur internet...
On nous dit que nos libertés sont protégées, mais une fois stockées, les données peuvent être récupérables. En effet, à l’heure où des centaines de travailleurs sociaux s’opposent par le biais de comités locaux à la délation que veut leur imposer la loi dite de « prévention de la délinquance », il y a de quoi s’inquiéter sur la circulation et donc l’avenir de certains fichiers. Il y a de quoi ne pas vouloir donner sa main (son œil, ses veines, ses doigts) à couper (car ce sera peut-être le seul moyen d’échapper au contrôle) sur la bonne foi de l’État et de la loi du marché...
Des luttes sont déjà en cours et ne s’arrêteront pas ! Des documents existent et peuvent être diffusés (par exemple la rubrique Sciences du site infokiosques.net) afin que chacun·e soit au courant de ses droits, que ce soit dans le domaine scolaire ou professionnel... Nous sommes en face d’un État qui profite de la passivité et du manque d’information pour faire passer des lois toujours plus liberticides, et renforcer tous les jours le contrôle social qu’il exerce sur nous... Utilisons, créons nos propres médias, propageons les informations, refusons de donner notre ADN, d’être enrôlé (c’est le terme utilisé quand on enregistre ses données physiques dans une base biométrique), que ce soit dans le domaine professionnel, scolaire ou des loisirs !
À la suite de cette première soirée, des personnes intéressées pour lancer une campagne d’information sur la biométrie ont décidé de se réunir à nouveau le jeudi 28 février à 18h au Mât-Noir. Venez nombreux-ses !
Collectif contre la biométrie
[1] GIXEL : groupement des industries des composants et des sous-ensembles électroniques
[2] Collèges les Lentillères à Dijon et Jean Rostand à Quétigny. Le lycée Stéphen Liégeard à Brochon devrait être équipé d’ici septembre 08
[3] Articles parus dans le journal Le Monde par rapport aux interpellations de personnes sans-papiers grâce à de nouvelles méthodes : appeler une école en annonçant que les parents sans-papiers d’un enfant ont eu un accident de voiture afin de permettre à des policiers de venir chercher l’enfant pour le mener en centre de détention !