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Les trépidantes aventures d’un compte en banque...

publié le 6 février 2009

... ou comment c’est le parcours du combattant quand tu es pauvre et en plus pas de chez nous pour ouvrir un compte dans une banque dijonnaise.
C’est l’histoire d’un couple de Roumains qui vit en France et dont la jeune femme veut ouvrir un compte en banque sur lequel serait versées les allocations familiales de son bébé.
Pour l’instant, ce couple est hébergé par une amie, en attente d’avoir un logement à elleux. Et puisque la jeune femme ne parle pas bien français, cette amie l’accompagne à la banque avec tous les papiers nécessaires pour ouvrir un compte chèque.
Elles vont d’abord à la Poste - la Banque Postale, pardon - connue pour être la banque la plus accessible pour les personnes les plus démunies. Là, le banquier réclame le titre de séjour de la Roumaine, en plus de sa carte d’identité. Il faut lui expliquer que la Roumanie est membre de l’Union Européenne, et que à ce titre ses ressortissant-es n’ont pas besoin de titre de séjour pour venir en France, tout comme les autres personnes de l’Union. L’air un peu septique mais sympa quand même, et renvoyé au dilemme de peut-être commettre un acte raciste sans s’en rendre compte, le banquier postal accepte de leur donner un rendez-vous pour l’ouverture du compte. Mais, habituée à être méfiante, la Roumaine n’ira pas. Elles vont donc essayer ailleurs...
Par commodité, elles choisissent la banque la plus proche, le Crédit Mutuel de la rue Chevreul à Dijon. Là, le banquier surbooké qui accepte de les recevoir est déjà moins avenant. Il est surbooké certes, mais a quand même le temps de prêter son nouveau portable trop à la mode à sa collègue pour qu’elle le montre à "machin qui veut le même parce qu’il est trop bien, c’est quel modèle d’ailleurs, le X 509 ou le Y 324 ?...". Bref, ce monsieur qui a l’air bien sérieux derrière son bureau revient sur cette histoire de titre de séjour : "Ben si, ça existe bien, les titres de séjour, non ?". Si, mais pas pour les Roumains, gros nase. C’est un peu comme si elle était anglaise ou allemande, tu lui demanderais son titre de séjour ?...
Bon, puisqu’il ne peut pas attaquer sur ce plan-là, il trouve autre chose. Et de nous demander une facture récente au nom de la personne qui veut ouvrir le compte, une jeune Roumaine qui est hébergée par une amie je rappelle. Ben oui, pour ouvrir un compte, il faut un justificatif de domicile. Et cet abruti d’expliquer que ça n’existe pas des gens qui n’ont pas de facture à leur nom, même s’ils sont hébergés par quelqu’un. On lui démontre qu’une personne hébergée par quelqu’un d’autre ne peut avoir de telle facture ("et si vous hébergiez votre vieille maman malade, elle aurait une facture EDF à son nom ?"), on lui sort des documents médicaux avec le nom de la jeune femme roumaine domiciliée à l’adresse de son amie, ça ne lui convient pas. Excédées, et parce qu’on n’a pas que ça à foutre de parler à un tel con raciste, on part à la recherche du banquier qui acceptera enfin d’ouvrir ce satané compte en banque, indispensable à la famille pour toucher le peu d’alloc’ qui lui sont accordées (ben oui, illes ont pas droit à grand chose côté aides sociales, n’ont pas non plus le droit de travailler, alors les quelques euros d’alloc’ pour leur bébé, ils y tiennent). Précisons que ce cher banquier du Crédit Mutuel de la rue Chevreul à Dijon ne s’est même pas levé pour nous accompagner à la porte de son bureau. Peut-être pour pouvoir attraper plus rapidement son téléphone ultra moderne et appeler la police pour dénoncer la présence dune jeune femme sans titre de séjour qui franchement n’a pas l’air bien de chez nous. Peut-être sinon pour vite essuyer son bureau et désinfecter la pièce dans laquelle il a reçu, Oh mon dieu, des pauvres !!!
Parce que cet abruti, finalement, il a fait son sale boulot de banquier. Est-ce qu’il a refusé l’ouverture de ce compte parce que c’est un connard raciste ou simplement parce que ça sentait la pauvreté de notre côté, et qu’il l’aurait refusé tout pareil à une Française (j’en doute, quand même) ? Quelle que soit la raison, c’est ce qu’on lui demande de faire : prendre le fric là où il y en a et ne pas se soucier d’aider les autres, qu’illes restent dans leur merde. Là, c’était facile : il a bien voulu passer pour le raciste de base, et ainsi trouver un argument rapide et efficace pour refuser à cette personne aux revenus plus que modestes le droit d’ouvrir un compte en banque...
C’est quoi déjà leur slogan ? "La banque à qui parler" ? En effet, on a trouvé à qui parler, et on en est sorti bien instruit (et un peu humiliée, aussi, la jeune Roumaine...)


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