publié le 8 décembre 2008
Pourtant sur le plan économique, le groupe Unilever qui, en 2000, a racheté Amora-Maille c’est 4 milliards d’euros de bénéf net en 2007. c’est aussi un PDG qui a touché plus de 4 millions d’euros en 2007 (17000 euros/jour). Les 9 premiers mois de l’année 2008 se sont soldés par une hausse de 7,4% du chiffre d’affaire d’Amora-Maille. 25 millions d’euros de bénéf en 2008. Mais cela sans compter sur la voracité des actionnaires ; ces derniers voudraient 10% de bénéf en plus !! Rien que ça. Et pour y arriver, on joue sur la valeur d’ajustement qu’est le capital humain, enfin les humains, ou plus précisément leur temps, ou encore leur force de travail. Enfin cette marchandise qu’on achète et puis qu’on jette, bien sûr avec leur consentement. Bien sûr, ça passe mieux quand c’est la crise. Sauf que dans ce cas là, la plus rude des crises aurait du mal à justifier cela.
« Aujourd’hui c’est pacifique... » ;
Le ton est donné ; en arrivant à 14h devant l’usine de Dijon, quelques centaines de personnes sont déjà présentes et un bus venu d’Appoigny. On entend des infos ici et là ; sur la légitimité de la mobilisation, sur le futur des familles, sur la moutarde, la mayonnaise, le vinaigre et leur qualité, le musée fermé, sur les pseudos investissements, sur les coûts de la matière première, les futures fermetures ou suppressions sur Dijon (Valéo)...on sent comme la défaite avant la bataille... on essaye de se motiver, on s’encourage. Un syndicaliste menace : « aujourd’hui c’est pacifique, c’est qu’un début ». Justement, ce sont les syndicalistes qui s’occupent à motiver, faire monter la sauce, mais avec beaucoup de difficultés ; et pour cause « ça se passe ailleurs... », c’est plus fort que nous ; c’est l’Europe, la Chine, la Pologne... ainsi les exploités sont en concurrence et sont prêt à en découdre.
Vers 14h30, le départ est donné pour aller rejoindre le reste de la manifestation à la Place Darcy. Au passage des différents quartiers dijonnais, la manif s’agrandit. En arrivant à Darcy, le cortège retrouve sa deuxième moitié. Ainsi ce fut plus de 3000 contestataires qui se sont retrouvés ce samedi.
Il est clair que les raisons de ce déplacement divergent. On pouvait constater au fil des discussions et des bribes de remarques attrapées à la volée ici et là, que certains étaient là pour des raisons de fierté régionale ; la moutarde comme emblème de la bourgogne se devait de garder son usine et qu’il était inconcevable qu’un polonais fabrique de la moutarde signée Dijon qui plus est. Ce sentiment régionaliste pouvait friser un peu la xénophobie avec ses quelques représentants locaux défilant sous le drapeau bourguignon en queue de cortège. D’autres sont là en soutien tout simplement, parce qu’en ces temps de dures crises il est nécessaire qu’on se réchauffe mutuellement un peu à coup de solidarité. Bien sûr, les habituels lascars de la politique étaient là pour marquer le coup et grappiller quelques votes ; PS, UMP, NPA, LO... et autant d’autres enseignes plus innovantes les unes des autres, mais autant vides aussi.
« C’est pour mon papa que je fais ça ... Amora-Maille c’est toute sa vie ... »
Et bien sûr les salariés d’Amora-Maille et leurs familles, pour signifier que le sort de familles entières est en jeu. D’ores et déjà, on entendait le bruit des patrons locaux et les représentants de la CCI (chambre de commerce et d’industrie) clamant qu’ils se feront un plaisir de remettre ces chers salariés au travail. Ah ce pragmatisme réaliste ; comme si on pouvait déplacer les personnes d’un poste à un autre comme de vulgaires pions. 25 ans dans une même boite, ça laisse des traces ...
Le cortège s’est autorisé une virée de près de deux heures dans les rues dijonnaises. Spectaculaire, c’est ce qui vient à l’esprit de tout le monde quand on voit des ouvriers -qui manifestent, qui crient ou chantent- en face de ces dijonnais lambdas occupant leur samedi à faire des courses pour les fêtes de fin d’année. Que peuvent ils bien se dire les uns des autres ? Que peuvent ils se trouver en commun ? Pourquoi tant de divisions ? Le pire est que ces postures sont interchangeables.
La manifestation s’est scindée vers 17h30 à la Place Darcy sous la pluie, et le feu des lanceurs de flammes. Un air de « on se reverra car s’est pas fini » plannait sur cette fin de manif. Plus d’infos audiophoniques grâce aux interviews de ClubRadio.
Harissa