publié le 24 mars 2008
Quand la menace terroriste plane sur France 3 Bourgogne...
Quand le Bien Public menace de s’étouffer d’enthousiasme "éthique et high-tech"...
Il y a quelques mois, la direction de France 3 à Dijon a décidé d’implanter des bornes biométriques pour contrôler les accès à ses bâtiments, avec en surplus des accès hiérarchisés et sélectifs à l’intérieur des locaux. Faut-il préciser le prétexte officiel ? France 3 Bourgogne serait la cible potentielles d’attaques terroristes et barbues. En devisant un peu avec des journalistes de la rédaction locale, on se rend compte que la direction cherche effectivement à se protéger... de menaces « intérieures » sans doute plus crédibles mais un peu différentes. On sait en effet que les reporters, techniciens et intermittents télé ont pu ces dernières années diverses fois, utiliser leurs outils de travail pour faire pression sur leurs employeurs et sur l’État, lors de mouvements de grève et de protestation. On se souvient avec délice d’une troupe enragée envahissant le plateau de la Star Ac’ avec une énorme banderole "Éteignez votre télévison !". On se souvient aussi que des radios et télés ont été occupées à plusieurs reprises lors des récents mouvements étudiants anti-CPE et LRU, pour contrecarrer la propagande libérale et anti-grève qui s’y déversait unilatéralement. Mais quand on sait faire marcher une caméra, on sait neutraliser une borne biométrique, alors gageons que l’intelligence collective en viendra à bout et renouera avec les plateaux surprises, directs interrompus et autres petits sabotages qui venaient égayer parfois le morne quotidien des programmes télévisés. Ces belles machines high-tech, ça coûte si cher et ça se raye si facilement !
De son côté, le BP dépasse les bornes sans complexe et nous a servi le 18 mars, simultanément à la tenue d’une réunion publique sur la biométrie, une pleine page de publicité gatuite pour le lobby biométrique. Entre autres mensonges grossiers, Marie-José Thibot, la gestionnaire du collège Jean Rostand, déclare qu’ils étaient « l’un des rares collèges à n’avoir pas tenté l’expérience ! », alors qu’ils sont au mieux le deuxième localement à s’y essayer. Mais on y apprend surtout que « le système permet une meilleure gestion des repas », que « c’est beaucoup mieux qu’avant », que « c’est drôle et très sympa », que les élèves sont « un peu surpris mais surtout ravis », que c’est « idéal pour l’enregistrement des factures et l’encaissement des chèques ». C’est donc un vrai gain de temps. Et cerise sur le gâteau, « le coût de fonctionnement est inexistant », qu’avant « tout se faisait manuellement et que c’était archaïque ». En conclusion on a « une cantine éthique et high tech » et « sans aucun problème d’hygiène ». Pas l’ombre d’un doute ou d’une perspective critique, ça aurait fait tache. On se demande bien comment des gens sains d’esprit arrivent à être rabat-joie au point de s’inquiéter face à de tels miracles technologiques.
luther blisset