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Là bas si j’y suis : quelques mots de la manif parisienne du 5 avril

publié le 10 avril 2008

A l’appel du réseau uni contre l’immigration jetable, plusieurs miliers de personnes rassemblées sous la grisaille parisienne pour protester contre la politique de l’immigration choisie...

Paris, 5 avril 2008

14h30, Place d’Italie

Plaisir de voir que tant de réseaux, collectifs ont répondu à l’appel. Plaisir aussi de trouver dans la manif des collectifs de sans-papiers, se dire que décidément ce type d’organisation nous semble intéressant et incontournable dans cette lutte. Envie peut-être que quelque chose de cet ordre existe dans notre ville.

Retrouver des visages amis. Aussi. Assister impuissant·e·s de loin et dès le début de la manif à une arrestation. Ne pas avoir le nom de la personne. Et pour autant se sentir moins seul·e·s, nous petite délégation venue pour lutter, protester contre la politique raciste et coloniale de Sarkozy, Hortefeux et consorts mais pas que. Venu·e·s aussi car des camarades de Paris, Ivan et Bruno, sont en prison depuis le début de l’année pour avoir voulu amener des fumigènes artisanaux lors d’une manifestation au CRA de vincennes. Alors attendre le début de la manifestation, rester éparpillé·e·s mais se sentir lié·e·s avec ces personnes dispersées dans la foule...

Et après ? Commencer à marcher, se mettre en branle tranquillement. Subir les slogans d’autres organisations, se dire qu’une fois de plus on s’est fait avoir, qu’il faudrait toujours avoir un mégaphone en manif, ne serait-ce que pour pouvoir lancer des contre-slogans et court-circuiter ceux des orgas syndicales par exemple . Et puis à un moment se mettre derrière une banderole amie, commencer à faire cramer des fumis artisanaux, contre cette hypocrisie d’un système qui envoie des personnes en tôle pour ça alors que c’est une pratique collective courante en manif. Dénoncer l’arbitraire de l’intervention de la brigade anti-terroriste sur cette enquête. De beaux moments aussi, des dizaines de fumigènes artisanaux, ou fusées de détresse de trains et de bateaux allumés simultanément, se sentir nombreux·s·e·s.

Se faire bloquer par les personnes du service d’ordre de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), qui prennent la décision de faire une chaîne à un moment pour nous empêcher de passer, puisque indésirables de leur point de vue dans cette manifestation. Se battre un peu avec ces quarante collabos (de fait leur intervention nous sépare du restant de la manifestation et nous isole face au barrage des gardes mobiles). Regarder encore, toujours, où se trouvent les autres personnes de notre petit groupe, essayer de se comprendre le plus vite et le plus efficacement possible, de sortir de l’individualisme et penser pour plusieurs.

Premier doute. Des personnes ont l’air de penser qu’il faudrait mieux faire demi-tour, craignent qu’on soit encerclé·e·s. Connards de la LCR qui finissent par s’évaporer non sans avoir envoyé une gazeuse au poivre. Vider le restant des fumi artisanaux dans une poubelle et l’envoyer cramante à nos ami·e·s d’en face. Rebrousser chemin et se rendre au point de rendez-vous de la deuxième manifestation, celle qui ira sur le CRA de Vincennes. Avoir le temps de souffler un peu.

18h00. Saint Germain des Près Repartir déjà. Nous ré- approprier les moyens de transports parisiens. Me dire que j’aime vraiment bien ces instants où l’on débarque à quarante ou plus dans le métro, et où on est solidaire des inconnu·e·s de la minute d’avant, où l’on monte en speed en tenant les portes pour que tout le monde ait le temps de passer. La vie.

Découverte de Vincennes, ces bois et CRS embusqué·e·s derrière les buissons (vu ! le crs en bleu derrière le bosquet !! je carricature à peine). On s’est fait griller de dix minutes par les gardes mobiles, et du coup on est 300 environ coincé·e·s sur le parking. Pas moyen de parler avec les prisonnier·e·s. Envie de repartir aussi sur le centre ville de Joinville-Le-Pont. Un sans-papiers de 29 ans s’est jeté la veille dans la Marne pour échapper à un contrôle d’identité et est mort noyé.

« UN FLIC, UNE BALLE, JUSTICE SOCIALE ! ».

Direction le comissariat de police, tags et blocage de circulation le long du chemin. Sentir les copin·e·s autour de soi Défoncer le pare-brise arrière d’une voiture de flic, faire reculer trois flics isolé·e·s, regretter qu’il manque la micro-étincelle pour se charger de ce comissariat désert, mais bouger un peu quand même. Repartir vers la station de métro.

colere



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