publié le 14 décembre 2008
Parler pour ne rien dire (qui puisse troubler l’ordre établi) aurait pu être le nom de cette conférence.
Cinq personnes sur l’estrade, 40 dans la salle, moyenne d’âge 60 ans.
Dans ce quintet, une juge syndiquée [1], un gentil éducateur, un vrai beau directeur de maison d’arrêt, l’inévitable barbu du collectif Dijon prison
(organisateur) et le petit jeune du GÉNÉPI [2].
Dès le départ l’organisateur plante le décor : on est pas là pour remettre sur le tapis le débat entre partisan-ne-s de l’éducatif ou partisan-ne-s du répressif, encore moins pour refaire les problèmes de la société. Il s’agirait même plutôt, de considérer la prison hors contexte et de ne surtout pas la mettre en lien avec la réalité sociale et culturelle qui l’entoure et la justifie ou se justifie grâce à elle.
Après les remerciements d’usage au Conseil Général qui a l’amabilité de nous accueillir dans sa salle d’honneur, la parole n’est pas distribuée au hasard. La juge commence, l’éducateur continue, le directeur termine. Subtil rappel du cheminement du-de la mineur-e qui voit d’abord le-la juge pour enfants, va purger sa peine en Centre d’ éducation Renforcée et s’ille n’a pas retenue la leçon finit en prison où s’ ille est chanceux-euse retrouve le petit jeune du GÉNÉPI [3]. Tout est bien qui finit bien.
Pour commencer c’est la juge pour enfant du tribunal de grande instance de Dijon, qui nous fait un petit cours d’histoire du droit en nous rappelant les lois qui cadrent la justice pour mineur-e-s.
Au XVIII siècle, aucune distinction pénale n’est faite entre majeur-e-s et mineur-e-s. Les peines ne varient donc pas selon l’âge de la personne
condamnée. En 1912, la justice pour mineur-e est créée.
Les juges pour enfants se voient attribuer les rôles de protection (le père n’a plus le droit de vie ou de mort sur ses enfants), d’éducation et de répression. La société aurait évolué et n’accepterait plus que les mineur-e-s se fassent tuer à petit feu dans ses institutions (familles, prisons, bagnes).
Vient l’ordonnance du 2 février 1945 qui tend à des méthodes plus humaines.
Cocorico ! L’éducatif passe avant le répressif, la prison n’est plus considérée comme une solution. Dommage que cette réflexion n’ait pas abouti à quelque chose de plus concret.
Ce choix d’insister sur l’évolution des "privations de liberté" depuis le 18ème siècle a pour effet de minimaliser la réalité de ce que sont les conditions d’incarcération, et de nous voir acquiescer quand madame dit que la justice pour mineur-e-s New Age est une "justice de luxe" .
Ce soi-disant luxe réside pour les mineurs-e-s dans la possibilité de bénéficier d’un suivi éducatif par les juges pour enfants. N’allez surtout pas croire que celui-ci a pour effet de permettre à des jeunes de se voir aidé-e-s et compris-e-s. Comme le soulignera la juge, ce n’est pas le fait de suivre un enfant pendant plusieurs mois qui va rendre ses collègues plus indulgent-e-s, bien au contraire .
Comme dit le dicton populaire : qui aime bien châtie bien. Nous voilà rassuré-e-s.
D’après la magistrate, cette fameuse justice "de luxe" va être amenée à disparaître.
Elle nous confiera qu’elle et beaucoup de ses confrères-soeurs ne sont pas d’accord avec un projet de réforme qui entraînerait la perte d’un de leurs rôles. Dans cette hypothèse certain-e-s seraient là pour protéger et d’autres pour punir. Cette réforme engendrerait d’après ell-eux, plus d’incarcération, et moins de suivis d’insertion ou de ré-insertion. À l’écouter on aurait presque envie de descendre dans la rue défendre le système actuel.
Comme d’hab’, ces futurs changements seraient dus à une unique personne. (Allez, on vous laisse deviner ).
Bon du coup, rien de bien nouveau, un-e exécutant-e étouffant-e sa petite culpabilité en invoquant son infériorité hiérarchique, mais bien content-e quand même de pouvoir se planquer derrière son supérieur médiatique dès que le vent tourne.
C’est au tour du gentil directeur (qui aime avant tout se définir comme un éducateur) du CER de Truand, euh, Trouand (excusez le lapsus). Existant depuis dix années, cette structure accueille des adolescents de 13 à 18 ans. "Imaginez : une ligne droite partant de Paris à Grenoble sur laquelle sont ramassés des jeunes désintégrés socialement, ayant commis des erreurs et étant en échec ".
Pour qu’il n’ y ait pas de confusions avec un quelconque camp d’ados, la non-mixité est bien entendu de mise. Les jeunes sont accueillis 4 mois par une équipe d’éducateurs-trice-s. Leur séjour tend entièrement à leur reconstruction.
Quelles sont les méthodes du CER ? Rien de bien nouveau, comme toujours la répression. Le mot d’ordre : "Apprendre par la frustration".
Pour ce faire trois fondements ; Être avec, Penser avec, Faire avec.
Il faut voir au delà de ces trois fondements une volonté de formater des robots obéissants et peu pensants, d’où le manque de complexité du programme éducatif : passer inlassablement de la punition à la carotte pour soumettre l’individu à la volonté des personnes qui le prennent en charge.
Le formatage se fait en quatre étapes.
La première est cruciale : il s’agit de casser la personnalité de l’individu afin de le rendre malléable.
Pour ce faire, une équipe de douze éducateur-trice-s qui se relayent et surveillent 24H sur 24, 7 jours sur 7. Cette dream team compte sur la coupure avec le milieu d’origine, forcément délétère. Pas le droit aux mp3, radios, télévisions, un appel par semaine à la famille, à jour fixe.
L’isolement et la surveillance semblent être les premiers moyens pédagogiques, employés pour faire comprendre aux petits délinquants le poids de leurs actes, et les amener à se repentir.
Il semble pourtant que priver quelqu’un de toute intimité rende impossible toute introspection et pousse l’individu à recracher le discours attendu, en dissimulant la haine de cette société dont il est exclu.
Une fois ce cap passé, une marche de 150 km dans les montagnes du Morvan est organisée, où le fait de se dépasser physiquement et mentalement doit leur redonner confiance, parce qu’on le sait tous et toutes : la montagne ça vous gagne !
Après ces quelques jours sur la route, changement de décor, la joyeuse troupe part dans les gorges du Verdon pour pratiquer des activités extrêmes (descendre en rappel dans un gouffre de 180 Mètres). Cette expédition a pour but de confronter les jeunes à eux-mêmes et de leur faire perdre tous leurs moyens. Casser les petites terreurs de quartier : s’ils se mettent à pleurer et pas qu’un peu, à avouer leur faiblesse, l’expédition à réussi.
Le petit truc des « pédagogues » pour obtenir un climat de confiance ? Provoquer une situation d’humiliation, où le jeune se sentira complètement perdu et désorienté, et où l’unique solution proposée sera de s’en remettre aux adultes (vous l’aurez reconnu, le fameux faire avec ).
Ainsi une fois le climat instauré on appréciera le double discours : on va vivre des trucs ensemble mais si tu m’insultes un jour, j’irai me plaindre à la gendarmerie d’à côté ou auprès du juge .
La deuxième phase passe par le fait de participer à des chantiers collectifs d’archéologie, toujours afin de donner le "goût de l’effort", mais bon confiance oblige, le chantier est choisi pour être éloigné de Dijon, car ils craignent encore des fugues à ce stade là, les gentils éducateurs.
La troisième étape du processus est le retour en famille, c’est le Crash test , si les jeunes reviennent, c’est la victoire.
La quatrième étape serait l’adaptation en milieu professionnel. Le jeune apprend à se vendre à un-e patron-ne, à respecter des horaires de travail, bref c’est l’ultime épreuve . Les éducateurs-trices peuvent constater si leurs méthodes ont bien été intégrées.
Les semaines passent vite quand on s’amuse. C’est déjà la fin de ce séjour. L’heure du bilan pour les éduca-tueurs-tueuses et le-la juge pour enfants. Petite réunion entre gen-te-s biens pensant-e-s, pour échanger sur la qualité (ou pas) du séjour des jeunes.
Selon cette évaluation, plusieurs possibilités : retour dans la famille ou en foyer, envoi dans un autre CER, incarcération.
On vous laissera apprécier la perversité de cette institution de formatage, hypocritement décrite comme une chance que la société offrirait aux déviant-e-s pour "payer" de façon douce leur dette sociale. Un peu d’humour, allez ! Il ne le dit pas clairement, l’éducateur, mais il voudrait presque être remercié de l’excellence de son travail par les jeunes. Tu peux toujours rêver, connard !
C’est au tour du vrai beau directeur de la maison d’arrêt de Dijon, qui sera très bref. Rien de bien étonnant vu ce qu’il y a dire sur les moyens mise en place par la MA pour l’accueil des mineurs homme. Rien ou presque. Un baby foot pour les plus sages, une activité sportive d’une heure trente par semaine, quelques heures de cours hebdomadaire pour les plus longues peines, et sans oublier la fameuse télévision qui rassure le grand public. Bien évidemment celle-ci est coupée à 23 H, parce que le lendemain il y a école, précisera cet éminent fonctionnaire. Pour que rien ne manque, le directeur évoque même l’activité artistique proposée aux mineur-e-s : repeindre la porte de la cellule (trois coloris aux choix). Sans doute pour devenir un vrai beau, notre directeur a-t-il profité de cours de psychologie ; il nous explique tout content que cette proposition doit permettre aux jeunes de s’approprier les lieux.
C’est beau un directeur de prison qui parle de repères éducatifs : on leur apprend à dire bonjour, on leur propose une progression scolaire, des activités sportives, et culturelles. Tout ce magnifique programme marche bien entendu avec le système de la carotte.
N’oublions pas que l’on parle de prison, et non de centre aéré.
Quand on lui évoquera le suicide en prison, il répondra qu’il y a beaucoup de mutilations physiques mais très peu de vraie tentative de suicide. C’est sûr vu comme ça c’est pratique.
Et comme toute personne cachée derrière une fonction et un bureau, il ne cherchera même pas à justifier la pauvreté de sa personne qui ne fait rien. A part attendre qu’un autre vrai beau comme lui vienne prendre sa bonne place fumante.
S’en suit le petit jeune du GÉNÉPI, qui n’a pas grand chose à dire. On se demande un peu ce qu’il fait là, il a pas trop sa place au milieu, parce que quand même lui, il est gentil, voire inoffensif. " euh ouais alors avec 17 autres personnes faisant partie du GÉNÉPI on organise quelques activités sportives et des ateliers culturels, et pis euh, voilà quoi ". On pourrait reprocher au GÉNÉPI de participer à cette conférence-propagande qui veut nous faire croire à la multitude des possibilités qui sont offertes en prisons et nous convaincre de la nécessité de l’enfermement.
Néanmoins, on ne blâmera pas leur interventions quotidiennes dans les taules, car malgré tout ce que le vrai beau directeur peut en dire c’est pas comme si les activités culturelles y débordaient.
Voilà, la conférence touche bientôt à sa fin, et nous on resterait presque sur la nôtre. Ell-eux auraient presque réussi à en faire oublier le thème : début ou fin des problèmes ?
Les quelques personnes qui sont venu-e-s avec l’espoir de voir réellement remis en cause le rôle et l’utilité sociale de la justice des mineur-e-s ainsi que l’incarcération de façon générale sont vraiment naïf-ve-s, et se souviendront peut-être, la prochaine fois, de l’absence totale de volonté dans ce sens de la part du gouvernement. Pour attirer Monsieur et Madame tout le monde on aura affiché un titre qui provoque une émotion. En fait de débat on nous a servi une brochette de porcs qui ont embellis leurs fonctions, dissimulé leurs actions réelles et tenté de nous endormir avec 2 heures 30 de rien.
Bien entendu ell-eux n’auront pas oublié de prononcer les mots magiques et rassurants pour l’opinion publique : jeunes désintégré·e·s, banlieue, cité, répression, punition, et réinsertion .
Le problème de la délinquance des jeunes aura de façon quasi permanente été abordée sous l’angle de la banlieue et la famille du jeune incarcéré considérée comme défaillante et carencée, incapable apparemment d’offrir un accès correct à la bonne culture . (Comprendre apparemment la culture française, quoi, puisqu’il s’agit d’emmener les jeunes du CER au théâtre, à la bibliothèque).
Sous-entendrait-on qu’il n’y a qu’une seule culture et que les personnes qui ne possèdent pas ces codes dominants ne possèdent pas de culture propre ?
On appréciera tout de même le côté salvateur et pertinent d’actions de propagande telles que celles-ci, qui permettent de justifier la prison et la fonction de ces braves gens à qui certain·ne·s n’auront pas oublier de dire "Merci".
Les intervenants stipulent que l’éloignement, l’isolement, l’incarcération ne sont pas des mesures appliquées sans motifs valables. Cf. la récidive (action de commettre à nouveau la même infraction) et la criminalité. Les sanctions sont graduées et proportionnelles à la gravité des actes. Pour faire passer la pilule de l’incarcération, la juge citera même un-e écrivain-e qui parle du droit pour l’individu de se voir imposer des limites. Pratique.
Parce que c’est la tradition démocratique , et qu’il faut donner aux personnes l’illusion que le débat est possible, on laisse le peuple poser quelques questions. Utilité du micro qui permet de gérer la répartition de la parole.
Bip. Le porteur de micro vous remercie de bien vouloir cesser de monopoliser le débat. Bip.
Pas de chance, toute pensée n’est pas encore aseptisée, c’est l’heure d’apporter quelques compléments à leur (dés)information. Une personne du public précisera que les jeunes filles ne bénéficient pas du programme socio-culturel proposé par la maison d’arrêt, et qu’elles n’ont même pas droit aux deux heures de promenade par jour comme il est obligatoire, mais d’une seule au bon gré des matonnes.
Le vrai beau directeur a oublié de citer dans son rapport d’activité le quartier femme et les quelques mineures qui s’y trouvent ; car s’il y a très peu de moyens mis en place pour les hommes, il n’y a absolument rien pour les femmes. Celles-ci sont déjà minoritaires en prison, alors imaginez la place des mineures. Cela semble à ses yeux justifier l’oubli complet de ces jeunes filles qui sont intégrées d’office au quartier femmes majeures .
Quand une autre personne pointera le fait que la prison reste pour la société une solution de facilité, on lui avance des chiffres. Et oui nous sommes dans l’ère où la réalité économique passe avant la réalité humaine. Le gentil éducateur nous répond tranquillement que puisqu’une journée en prison coûte 5 fois plus cher qu’une journée en CER, il ne saurait s’agir d’une solution de facilité. D’où le fait qu’on nous présente l’enfermement comme étant une solution qui doit fonctionner ? Convaincu-e ? Re-créer l’individu à l’image de la société n’est que le reflet d’une volonté politique. Pour remettre un individu dans le droit chemin, deux solutions faciles trouvées par le gouvernement, l’enfermement et/ou le lavage de cerveau. Il est plus simple d’envoyer quelqu’un en prison ou en CER que de chercher la source de problèmes ou de remettre en cause ce qui provoque les « actes de malveillances » .
Quand Y évoque les différents suicides qui ont eu lieu dans les Etablissements Pénitentiaires pour Mineur-e-s ces derniers mois, on répondra que tout y est mis en place pour le bien être des détenu-e-s. Quand Y a le mauvais goût de citer le récent rapport qui pointe une négligence de l’administration pénitentiaire en ce qui concerne le suicide de Julien à Meyzieu (février 2008) et bien il lui est répondu que d’autres rapports n’aboutissaient pas à la même conclusion.

Une autre personne X reprend l’exemple de Meyzieu où l’EPM est construit à 200 mètres d’une banlieue. On aurait presque l’impression que le parcours d’un enfant de Meyzieu est de passer de l’école maternelle au collège, puis de faire un tour dans un lycée professionnel avant d’atterrir à l’EPM. Une prison de proximité , en quelque sorte.
X souligne le rôle de l’existence même de la prison comme miroir présenté aux citoyen-ne-s pour leur montrer ce qu’ils pourraient devenir en cas d’écarts. Par exemple s’ils oubliaient de se lever un matin pour aller faire fonctionner la machine capitaliste ou pire encore la faire dérailler.
Bip, porteur de micro désespéré cherche au loin citoyen-ne modèle afin de ramener le pseudo-débat dans le droit chemin.
On ne suivra surtout pas l’intervenante précédente sur cette lancée. On finirait par se rendre compte que si à chacun-e correspond un type de prison (CRA : prisons pour étranger-ères, hôpitaux psychiatriques, prisons pour majeur-e-s, mineur-e-s...) ce n’est pas pour rien. Cela présente l’avantage de maintenir asservi le reste de la population, le forçant à accepter des conditions de vie humiliantes et dégradantes. Parce qu’il semblerait que la société ait besoin d’exclure et marginaliser des individu-e-s ou groupes d’individu-e-s pour pouvoir continuer à mettre la pression sur les autres et ainsi ne pas être (trop) remise en cause. On a besoin de criminaliser et pourchasser une partie des sans-papiers pour pouvoir continuer à exploiter tranquillement l’autre partie sur les chantiers et dans les usines. On a besoin de SDF, de pauvres présent-e-s et visibles dans nos belles cités pour servir de repoussoir à la population active , et montrer à nos chères petites têtes blondes le chemin qui sera le leur si jamais elles refusent de rentrer dans le moule.
Bip
Merci pour la mise au point. On a bien compris qu’il n’y a aucune volonté de la part du gouvernement et du public de voir dans les prochaines années les prisons évoluer, voire disparaître.
Les seules remises en cause (insalubrités, manque de moyens, de personnels, surpopulation)….ne portent pas sur l’opportunité où la non-opportunité d’enfermer des personnes. On est pas encore prêt à considérer enfin le-la criminel-le ou le-la délinquant-e non en tant que tel-le mais en tant qu’être humain.
Circulez, y’a rien a voir ! . Triste reflet d’une société qui pose des exigences sur chaque domaine de la vie des individu-e-s. La moindre défaillance est suspectée, et sanctionnée. Dans ce climat de défiance, chacun-e s’efforce de masquer toutes ses faiblesses . Lorsque nous pétons les plombs , nous nous auto-flagellons, parce qu’il n’est pas normal d’extérioriser des sentiments haineux ou colériques à l’encontre des autres, de nous-mêmes ou de notre société. Cette auto-censure permanente nous frustre. A force de réprimer qui nous sommes et ce qui fait notre humanité, nos statuts d’équilibristes qu’un rien peut emmener du mauvais côté, nous créons une situation de plus en plus intolérable. Intolérable car nous ne saurions nous épanouir dans ces conditions et que le manque de considération que nous avons de notre personne s’avère nocif pour nous (folie-s ?) et notre entourage (délinquance ?). Si on admettait que nous sommes des personnes multiples, à la fois fou-folle, criminel-le, mais aussi créatrices, inventeur-euse-s génial-e-s... on devrait trouver des moyens pour que la société crée moins de frustrations, ou des espaces pour laisser celles-ci se décharger. Cela fait trop peur, remettrait trop de choses en question. La réponse de la société n’est pas de prendre sa part de responsabilités. On préfère considérer comme anormal le sujet déviant et essayer de le re-formater à coup d’enfermements divers et variés (hôpitaux psychiatriques, taules.....)
On en parlera pas ce soir mais l’enfermement quel que soit son enrobage extérieur est en lui-même un mouroir de l’esprit et du corps. Les Établissements Pénitentiaires pour Mineur-e-s (EPM) présentés il y a encore peu de temps comme des prisons modèles ou collaboraient joyeusement des éducateur-trice-s et des maton-ne-s (voir reportages tv) montrent une fois de plus qu’il n’y a pas de travail éducatif possible dans un contexte d’incarcération.
Nous ne vivons pas dans une société où la seconde chance nous est offerte mais plutôt méritée quand bien même nous nous en montrerions digne.
En ce début d’hiver, ne croyez pas que le tapage médiatique autour des conditions de détention (reportage catastrophiques sur les grandes chaînes) ait un autre objectif que de démontrer au plus grand nombre l’urgence de construire d’autres types de tôle ou de justifier d’autres types de surveillance des déviant-e-s ( par exemple le bracelet électronique). La prison sert de laboratoire où les gouvernant-e-s testent les nouveaux dispositifs de contrôle social (la biométrie, la vidéo surveillance instaurée en centre de rétention administrative).
L’OIP (observatoire international des prisons) pointe la France comme étant une mauvaise élève. Il semblerait si on lit le rapport 2007 que les conditions de détentions des prisonnier-ère-s françaises soient pires que celles des prisonnier-ère-s turques.
Et l ’opération marketing marche. Les français-e-s se rendent bien compte que le fait d’accepter que des mineur-e-s de 13 ans soient incarcérées pose problème. Alors on leur pré-mâche une bonne conscience : s’il elles et eux sont enfermé-e-s, c’est bel et bien pour protéger la société d’une part et les protéger ell-eux même avant de leur permettre de repartir sur un bon pied .
C’est parfait, on va bientôt remplir à ra-bord des nouvelles cocottes minutes, y’ a plus qu’à espérer et faire en sorte qu’elles explosent. Comme en Grèce ou après des mois de grèves de la faim (8 000 prisonnier-ère-s dans tout le pays) et de mutineries en tout genre les prisonnier-ère-s ont obtenu la libération de la moitié des incarcéré-e-s au début de l’année prochaine (soit 6 000 personnes).
Allez-y, présentez les nouvelles prisons qui nous feront gerber dès demain. Comptez sur nous pour combattre les sociétés dont elles seront les garde-boue ou les laboratoires !
QUE CRÈVE LE MEILLEUR DES MONDES !