brassicanigra.org

Centre de r·d·étention de Lyon St-Exupéry

publié le 3 février 2008

Il y a de ces endroits où l’on se demande quel est le sens de leur existence. En ces temps de déracinement généralisé à grande échelle, l’émergence de ces endroits tend à s’accélérer tout comme l’histoire qui les génère. Les centres de détention administrative sont de ces lieux dépourvus de sens, sauf celui de traduire en faits les angoisses d’une « majorité » qui n’existe que dans l’imaginaire de ses croyant·e·s.

Voici une retranscription intégrale de discussions avec quelques détenu·e·s du centre de détention administrative de Lyon St-Exupéry [1], les 1er et 2 février 2008.

Personne 1

- « ici, tout le monde est stressé »
- « tout le monde a ces propres soucis, on s’en fout un peu »
- « vous pouvez appeler la CIMADE, ils vous donneront plus d’information, d’ailleurs j’ai un rdv avec eux »

Personne 2

- « on nous frappe souvent, c’est tout le temps le bordel. Le 19 janvier y’avait un feu, c’était galère »
- « ils veulent faire une loi augmentant la durée de détention à 18 mois ? Ben laisse les faire, que veux tu y faire ! »
- « y’a une vieille dame qui veut mourir, elle va mourir, depuis deux jours elle a pas eu de médecin. Il y a un gamin de un an et demi »

Personne 3

- « tous les jours y a le feu, on veut allumer des feux tous les jours. Pourquoi ils nous retiennent ici, 30 jours, on a rien fait ; on est pas des vendeurs de drogue »
- « renvoyez moi dans mon pays, je reviens plus... on veut allumer le feu »
- « un gamin de un an et demi ici, c’est grave ; HRAM [2] »
- « on a plein de médicaments (calmants), dans le café, dans les repas. On nous oblige de sortir dehors, et de rester dans le froid. Il faut trouver une solution, renvoyez-moi au bled »

Personne 4

- « qu’est ce qu’ils ont gagné ? »
- « quand ils font le ménage, ils nous font sortir »
- « on est des prisonniers, on a aucun contact rien, on dirait les prisons de haute sécurité de Californie... on nous prend pour des criminels ... tout est fermé... chacun attend son jour... »
- « je suis malade, j’ai un certificat médical... mon dossier médical est en traitement à la préfecture... je sais pas si je vais voir mon avocat pour le jugement... ou si je vais avoir un avocat d’office... ça fait 7 ans que je suis en France... j’allais prendre le train, j’avais mon billet »
- « de toute ma vie, je suis jamais rentré dans un commissariat, ou garde-à-vue ou quelque chose de ce genre... c’est la première fois que je suis dans des conditions d’enfermement... c’est un centre inhumain... c’est du contrôle humain... y a des barbelés de partout... y’a une centaine de policiers... on est parqués dans un coin tous seuls comme des animaux... on a aucun contact.. »
- « vous, les associations faites quelque chose... il nous faut des avocats... »
- « j’ai vu que y avait une manif aujourd’hui à Paris »
- « y’a la CIMADE mais je crois qu’ils sont pas top, ils sont choisis »
- « y’a une mamie de 70, elle bouge pas, elle parle pas, elle mange pas, elle est malade... elle est assise toute la journée... elle doit peser 30 kg... mais dites moi qu’est ce qu’elle fait ici... une mamie de 70 ans... on sait pas si elle va mourir aujourd’hui ou demain... y a des gens, ils ont rien à faire ici... »

Personne 5

- « c’est la merde générale ici, ils veulent gagner de l’argent avec nous... juste pour dire voilà ce qu’on fait... regardez ce qu’ils arrêtent... ; y a un gars ici qui a un visa normal... il est ici, qu’est ce qu’il fait là ? »
- « les gendarmes sont venus me chercher chez moi à 6h du matin ! Je suis malade, je suis en dépression, j’ai le diabète et j’ai des crises d’angoisse. J’ai des attestations des médecins et tout... quand les gendarmes sont venus, je me suis évanouie... j’ai vomi... au poste, ils me disaient "arrête de faire du cinéma", alors que moi je savais même pas ce qui se passait... »
- « au centre y a des gens qui vont mourir... Y a des bébés !! Les gens sont tellement stressés, nerveux ; y a des bagarres souvent... moi qu’est ce que j’ai fait ? J’ai tué personne !! c’est de la bêtise... »
- « ce que je veux c’est juste un délai pour prendre mes affaires personnelles et repartir »
- « la bouffe est dégueulasse ; même les chiens du bled ils ne la mangeraient pas ; ils mettent plein de médicaments dedans... on est tous dans un état somnolant à deux de tension : aujourd’hui ils nous ont donné du riz blanc, seul avec un morceau de fromage. Ils savent très bien que les musulmans ne mangent pas de viande non-hallal ; ils font exprès. »
- « les matins, ils nous réveillent à 8h et ils nous sortent de force. Ils disent qu’ils vont faire le ménage dans les chambres ; nous on reste jusqu’à midi dehors dans la cour au froid... vous imaginez les bébés !! après quand on revient dans les chambres à midi, rien n’a changé, ils n’ont pas fait le ménage ; ils le font jamais !! »
- « y’a la télé, c’est pour nous calmer et passer le temps, on a la une, la deux, la trois... j’ai vu que y’avait des manifs pour les sans-pap aujourd’hui à Paris »
- « ici c’est tellement glauque, y a rien, tu peux même pas te suicider !! »

Notes

[1] Il s’agit d’une définition stricte. Les camps nazis étaient des camps de concentration où étaient enfermés des individus que la police considérait, même en l’absence de conduite pénalement condamnable, dangereux pour la sécurité de l’État. Cette mesure préventive — définie « détention protectrice » — consistait à retirer tous les droits civils et politiques à certains citoyens. Qu’ils soient réfugiés, juifs, tziganes, homosexuels ou subversifs, il revenait à la police, après des mois ou des années, de décider de leur devenir.

[2] C’est interdit par la religion (musulmane dans ce cas).



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Machin légal | Admin | SPIP