publié le 12 décembre 2008
Je l’savais.
Depuis le temps je le savais, sans rire, que le CROUS de Dijon faisait partie de ces institutions qui n’ont plus que de service public qu’un nom qui masque mal une réalité d’entreprise. Ni plus ni moins.
Je savais que rentabilité était leur mot d’ordre, que nos rendez-vous voyaient s’affronter deux réalités opposées : une économique : remplissage des chambre, paiement des loyers, cautions et de l’autre et trucs désuets comme accès aux savoirs, égalité des chances, tout ça tout ça… D’ailleurs j’avais presque fait une overdose de ces rendez vous, qui s’avéraient il faut l’avouer plus improductifs qu’autre chose et où je me rendais la mort dans l’âme. Nous étions réellement dans des univers parallèles. Utopistes, peut-être. Il nous semblait normal que les étudiant-e-s étranger-ère-s venant à titre individuel puissent accéder ell-eux aussi à des chambres universitaires. (Ce qui n’était pas possible avant le master 2, et encore que pour les primo-arrivantes.) Nous nous disions que si des « dossiers social étudiant » qui prenaient en compte la situation du pays d’arrivée existaient dans d’autres facs, cela devrait être gérable à Dijon. Après l’occupation d’une commission logement du Crous en juin, le Crous avait daigné accorder au CA de septembre le droit à certain-e-s de ces étudiant-e-s la possibilité d’éventuellement accéder à une chambre à partir du mois de novembre. En gros on leur offrait la possibilité d’aller « vendre leurs misère » à une assistante sociale pour avoir la chance d’optimiser le remplissage du parc immobilier du Crous une fois que tous-te-s les autres seraient servi-e-s. Soit.
Et puis quelques semaines en arrière une amie me raconte que rentrant du petit boulot qu’elle fait pour financer à minuit, la veille elle a trouvé sa serrure changée. L’amie en question, surprise, va trouver le « gardien » de nuit, qui semble être à la fac ce que le-la surveillant-e peut-être au lycée ou au collège. Bref. Ce charmant jeune homme lui explique que sa serrure a été changée parce qu’elle n’avait pas réglé son dernier ou ses deux derniers mois de loyers. Logique quand on sait que la bourse comme chaque année se fait attendre et que les étudiant-e-s logé-e-s au Crous le sont sur critères sociaux. Oui mais voilà, l’entreprise Crous se met à adopter les techniques de ses voisin-e-s propriétaires particulier-ère-s, n’hésitant-e-s pas à expulser des étudiant-e-s au cours de l’hiver pour les remplacer par des personnes plus rentables (c’est-à-dire ayant les « moyens »). La situation se complique encore il y a quelques jours quand X ose répondre et insulter le gardien qui la traite de « petite conne ». Manque de bol cette première histoire de changement de clé a laissé un passif (elle a réussi à les récupérer le lendemain mais a dû accepter de dormir dans une autre chambre), et X fait partie de ces éléments perturbateur-trice-s qui essayent vaillent que vaillent de mettre un peu de couleurs et de solidarité dans ces résidences déshumanisées et déshumanisantes. Elle est de fait plutôt « mal vue » et chaque incident peut apparemment remettre en cause son droit à étudier dans de bonnes conditions. Elle est convoquée le lendemain chez la responsable qui lui annonce que pour elle il n’y aura pas de deuxième chance : elle devra quitter sa chambre début décembre. Alors comme c’est une guerrière et qu’elle a autour d’elle un réseau de personnes qui la soutiennent et sont prêtes à l’aider, il y a tout à parier que l’administration aura baissé pavillon pour cette fois, trouvant l’entreprise trop ardue.
Il n’empêche, pour une expulsion illégale empêchée, c’est de nombreuses expulsions qui se déroulent dans le silence et l’indifférence généralisée, puisque les étudiant-e-s sont en général assez peu conscient-e-s de leurs droits. Ne savent pas forcément que la « trève d’hiver » empêche les propriétaires de logements de recourir à toute mesure d’expulsion des locataires, même si ceux-ci ne sont pas à jour de leur loyer ou si leur bail est expiré entre le 1er novembre 2008 et le 16 mars 2009. Ell-eux ne sont pas les seul-e-s à ignorer cette règle ainsi que d’autres élémentaires du droit au logement, comme par exemple certains bailleur-euse-s sociaux de la ville de Dijon, ou la mairie elle-même qui incite les propriétaires de maisons squattées à recourir à des expulsions illégales. (avant de se rétracter de façon spectaculaire quand elle s’aperçoit, manque de bol, des collectifs se mobilisent pour empêcher ces dernières. Que médiatiquement elle risque de perdre l’avantage si la situation est connue du grand public)
Quand je vois une mairie propriétaire de logements vides s’évertuer à marginaliser les populations précaires ou qui ne vivent pas selon les « codes » (cf les squats du Mât-Noir et du Toboggan expulsés pendant l’été, le White Noise plus récemment) il me semble qu’il est temps de s’interroger sur l’intérêt de conserver des « en dehors » qui soient à la fois bien visibles dans nos sociétés mais pas trop histoire de ne pas donner des idées, envies au "citoyen lambda". Je me dis aussi que c’est bien pratique que le-la bon-ne citoyen-ne ait des personnes à montrer à son enfant dans la rue en lui disant « regarde, tu deviendras comme ça si tu ne travailles pas bien à l’école ». Avant d’oublier ces propos et de rentrer gentiment chez elle se remettre de sa journée de travail et préparer les suivantes, se rendre compte ou pas que comme d’hab’ le-la patronne lui a gueulé-e dessus toute la journée que le mois va une fois de plus être difficile à terminer. Cela me laisse à penser que le système est bien fait, que les personnes que je croise me semblent être dans des mécanismes de survies et atomisées. ça me semble dommage car je crois que face à l’état et sa politique de la terreur (terreur de ne plus avoir de travail, de logement si on est pas rentables économiquement) il n’y aura de solutions que collectives.