Je dois avouer qu’ell·eux n’ont pas l’air très offensif·ve·s, les dix petit·e·s vieux·ielle·s qui viennent passer une matinée devant l’hôpital du bocage, une fois tous les deux mois.
Pour tout avouer, prise au dépourvu, j’aurais presque pu me contenter de les regarder de loin, en souriant avec indulgence... Là où ça coince, ces que s’il·elle·s se réunissent ici, ce n’est pas en raison d’une obscure attirance pour les blocs de béton, ou pour le magnétisme du parking de l’hôpital du Bocage.
Si ell·eux psalmodient des prières de conserve, c’est parce que le centre d’orthogénie, joli terme qui désigne le service où se déroulent les Interruptions Volontaires de Grossesse (IVG) se trouve dans la maternité.
Et nos papys’s mamy’s, ne pouvant plus, comme au « bon vieux temps » se contenter de dénoncer à la vindicte populaire et à la justice les meurtriers (comprendre les avorteurs qui pouvaient il y a quelques années être soumis à la peine de mort) ont dû se reconvertir. C’est là où « miracle ! »intervient l’association « SOS touts petits » qui réunit avec bonheur intégristes catholiques et fachos depuis 22 ans (voire photos d’anniversaire sur le site http://www.sos-tout-petits.org/, c’est croquignollet).
Les « anti-ivg » ont changé de moyens d’actions, tablant leur politique sur le lobbying au sein des hautes instances d’une part et opérations « chocs » de culpabilisation des femmes d’autre part. On se souviendra des tristes actions contre les cliniques et hôpitaux pratiquant l’avortement.
D’ailleurs, quand le gouvernement fait passer une loi en août 2008 qui, sous prétexte de « faciliter le deuil » des parent·e·s, leur permet d’inscrire le foetus atteint de fausse couche sur le livret de famille, et ce quelque soit son stade de développement, ell·eux ne s’y trompent pas et saluent l’initiative. Elll·eux n’ iront pas s’inquiéter, comme moi, de ce que le droit français qui ne reconnaît jusqu’à nouvel ordre, en tout cas le statut juridique d’un embryon qu’à partir du sixième mois , et « permet » aux femmes d’avorter jusqu’ à la douzième semaine de grossesse (et de se payer un voyage en Espagne quand elles ont dépassé le délai et ont de la thune) vienne se contredire et ouvrir la brèche à une remise en cause du droit des femmes à disposer de leur sexualité, de leurs corps et de ses possibles...
Aujourd’hui même, se construisent des centres d’orthogénie dans des « hôpitaux couple enfant » comme à Grenoble, plein d’indices semblent concorder pour revenir sur des droits des femmes acquis de haute lutte. Et beaucoup de luttes restent encore à mener, comme le développement de la recherche publique sur l’ensemble des moyens de contraception, l’accès réel et égal aux choix de méthodes d’IVG et de contraception, le développement de l’avortement à domicile comme c’est déjà le cas dans d’autres pays de l’UE, la suppression de l’obligation de la personne référente pour permettre aux personnes mineures d’avorter, l’obligation de maintenir un service assurant les IVG dans chaque centre hospitalier et l’augmentation de leurs capacités d’accueil, l’alignement sur les législations les moins restrictives d’Europe, une réflexion et une formation continue pour les personnels hospitaliers.
Il est toujours d’actualité de réaffirmer les droits des femmes, en distribuant des tracts et des préservatifs et en osant parler aussi de nos avortements qui se sont « bien passés » malgré la pression sociale et les tentatives de culpabilisation diverses et variées.
Un livre
Collectif IVP
Avorter
Histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui.
C’est un très vaste mouvement social qui a mené, en 1975, à l’adoption de la loi Veil autorisant l’avortement.
Ce livre parle de femmes et de luttes, d’avortement et de droit de choisir sa fécondité, de conquêtes passées et de quelques menaces à venir. Il part à la (re)découverte d’une histoire peu connue, faite de clandestinité, de renversement des valeurs traditionnelles, d’enthousiasme collectif.
Il est un appel a rester mobilisé-es sur un terrain où les acquis ne sont pas forcément si solides qu’ils paraissent.
Il est résolument militant, et accessible tant par le prix que par l’écriture.
Cela fait plus de vingt ans, dans le paysage éditorial français, qu’aucun livre « grand public » n’avait retracé cette histoire, ni dressé un état des lieux des perspectives actuelles.
anonymous