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et là tu l’vois le délit de solidarité ?

publié le 18 mai 2009

A Dijon comparaissait lundi 11 mai Melle C. pour avoir hébergé son compagnon, un marocain en situation irrégulière expulsé début avril, une dizaine de jours avant le mariage

L’audience de Melle C. a été reportée au mois de septembre. À la demande de son avocate [et non sans rapports avec le battage médiatique lié à l’affaire], le parquet de dijon a accepté de renvoyer la dijonnaise, qui s’était présentée lundi 11 mai dans le cadre d’une comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité, devant une audience correctionelle classique. Ce renvoi permettant, circonstance appréciable, de contester la culpabilité même de Mlle C, dans la mesure où la personne hébergée était son compagnon, cas prévu dans le CESEDA comme ne donnant pas lieu à des poursuites .

Il n’en reste pas moins que contrairement à ce que disait il y a peu de temps un de "nos cher-e-s" (ou pas) ministres, Eric Besson, il existe bel et bien en France un "délit de solidarité". Dont acte. En tout cas, l’affaire a fait beaucoup couler d’encre, et notament on s’en sera douté sur le côté pathos. Trop facile. Faut dire que tout y est, le jeune couple, l’amour qui dépasse les frontières, la méchante mairie et l’affreuse préfecture qui s’acharnent, l’expulsion juste avant le mariage, tout ça tout ça... Les militant-e-s droits-de-l-hommistes venu-e-s défendre "la liberté d’aimer", ne me contrediront pas. Et pourtant...

Contrairement à ce qui transparaît un peu partout dans les médias dominants, il semble qu’il y ait beaucoup de choses à défendre au delà de cette situation particulière. En effet, il faut savoir qu’aux quotas d’expulsions de sans-papiers annoncés et remplis par l’état depuis plusieurs années, est venu s’ajouter cette année un quota de personnes aidantes à poursuivre. L’objectif annoncé est comme toujours de lutter contre les passeur-euse-s, et autres réseaux de mariages "forcés". Une fois de plus, nos ami-e-s législateur-rice-s (ou pas) nous resservent le même principe : annoncer une loi qui va soi disant pénaliser des actes bien précis. Une loi difficilement contestable en soi, de préférence, pour après l’appliquer de façon beaucoup plus large. On se souviendra de la loi sur les prélèvements adn justifiée à l’origine par le souci de pouvoir éventuellement retrouver les méchant-e-s violeur-euse-s et autres pédophiles et qui sert aujourd’hui à tout et n’importe quoi [l’adn de mineurs voleurs de yo yo a été prélevé].

Dans la droite ligne de la politique actuelle : la délation, moyen privilégié par le gouvernement et mis à toutes les sauces : une personne en situation irrégulière sur le territoire français peut espérer éventuellement obtenir un titre de séjour si elle dénonce aux autorités son/sa passeur-euse, ou pour les personnes prostituées son/sa macquereau-elle.

Pour revenir à l’actualité dijonnaise, il est certain que dans le cas de Melle C, le choix d’une défense qui serait purement politique pourrait s’avérer risqué. Pour autant, il semblerait aujourd’hui intéressant, voire primordial, de délaisser l’argumentaire affectif. Après tout, on pourrait se dire que le fait que l’envie soit ou non au coeur même de ce projet de mariage importe au final peu.

Il n’échappe à personne en effet que le statut d’illégal en France est un statut qui n’a rien d’enviable, puisqu’il soumet la personne à l’arbitraire total. Arbitraire des contrôles de polices, dénonciations anonymes, esclavage par le travail car quand même c’est super utile à l’économie de notre beau pays de posséder une main d’oeuvre très bon marché, licenciable du jour au lendemain et pour laquelle on ne paye pas de charges. Présenter les choses de manière tranchée, un mariage comme étant soit amoureux soit de complaisance serait adopter une vision résolument manichéenne et réductrice de la réalité toujours plus subtile. Quand tous les recours ont été tentés auprès d’une préfecture qui a fait la sourde oreille (ce qui est très souvent le cas quand on n’est pas accompagné par un réseau ou une association), qu’on sait que ce sera difficile de toute façon, et qu’on rencontre quelqu’un-e qui devient un-e ami-e avec qui on se sent en confiance, ou un-e amoureux-s-e, ou l’un puis l’autre, ou les deux à la fois [...] , le mariage est une solution comme une autre pour pouvoir enfin poser ses valises, se stabiliser.

Peut-être pourrait-on dans ce cas parler de mariage forcé, mais forcé par l’état lui-même, qui dans certains cas ne laisse que cette solution à des personnes en situation irrégulière pour obtenir un titre de séjour. Du mariage présenté comme dernier recours à des personnes qui n’en avaient pas spécialement envie par des préfectures en mal de quotas...

la galle



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