Le Bien Public est en général plutôt conciliant avec les forces de l’ordre, ne manquant jamais de rappeler les risques du métier (comme le jet de cannette dont ont été victimes des gardiens de la paix place de la Libération lors d’une intervention pour une « bagarre entre individus éméchés »). Mais il lui arrive d’atteindre des sommets en matière de lèchage de rangers, comme dans cet article à la gloire des Compagnies Républicaines de Sécurité, manifestement directement écrit par un flic : « actuellement, [les CRS] s’adaptent au maintien de la sécurité dans les quartiers difficiles des banlieues. Il sont à la pointe des combats pour faire respecter l’état de droit, agissant avec calme et détermination, mais aussi avec respect à l’égard des populations qu’ils côtoient. [...] Exemplaire de solidarité, d’amitié et du respect des valeurs traditionnelles de civisme, l’Amicale des CRS Bourgogne-Franche-Comté génère à sa manière toutes ses valeurs ».
On connaissait les journalistes auxiliaires de police, voilà maintenant les CRS correspondants du BP.
Une journée (ordinaire- ?) dans l’agglomération dijonnaise- : mardi 20 février, l’usine Lennox est en grève pour une revalorisation de salaire, tout comme les salarié·e·s de la Clinique de Chenôve, et celles et ceux du centre de tri de Dijon-Longvic (pour dénoncer les sous-effectifs, la sous-traitance et en général la politique managériale de la Poste). La grève est reconduite le lendemain à Chenôve, et l’usine Lennox est bloquée plusieurs jours par la quasi totalité des ouvriers, qui annoncent leur détermination à aller jusqu’au bout, même en cas d’intervention des forces de l’ordre…
Un mois plus tard, le 21 mars, c’est les salarié·e·s de l’entreprise TPC à St-Apollinaire qui menacent de durcir le conflit, la CGT parlant même de « grève générale »- ; et c’est au tour du centre de tri de Dijon Cap Nord de se mettre en grève pour l’embauche de nouveaux facteurs. Les deux mouvements sont reconduits le lendemain.
La CGT, dont les sections de base sont motrices dans tous les conflits, ne semble malheureusement pas pressée de les mettre en connexion...
La députée-maire Claude Darciaux continue sa croisade contre les « violences urbaines », qui a culminé avec la mise sous les verrous de quelques gamins du quartier.
Le 6 mars, une réunion publique était organisée pour permettre à la population de rencontrer les acteurs de la sécurité publique. Elle y évoquait son « besoin d’une présence de proximité de la police nationale » pour lutter contre les « rassemblements perturbateurs » ou les tags. Le flic en chef de Côte d’Or, Patrick Ajogue, a invité la population à collaborer, notamment pour dénoncer l’usage de drogue, en signalant un numéro de téléphone à l’intention des bons citoyens (« SOS balance » ?). Enfin le procureur de la république, Jean-Pierre Alacchi, s’est félicité des interpellations des jeunes fauteurs de troubles en février, qui « ont été comme un coup d’arrêt, un coup de tonnerre au sentiment d’impunité ».
C’est beau comme du Cocciante, mais c’est n’importe quoi : deux jours plus tard, le centre social du Bief du Moulin était endommagé par un « engin incendiaire ». Vraiment, ces jeunes délinquants, c’est à n’y rien comprendre : on leur envoie la BAC quand ils fument des joints au pied de leur immeuble, et au lieu de remercier la société de venir suppléer au manque d’autorité de leurs parents, ils redoublent de rage et jettent des cocktails Molotov, c’est à vous désespérer de la répression...
Dans le cadre du plan Vigipirate, passé au niveau rouge le 23 mars dernier, et certainement d’après des informations sûres qui feraient de Dijon la prochaine cible de Ben Laden suite à la publication par Al Zarkaoui d’une fatwa contre la moutarde, le contrôle des bagages dans les lieux publics (grands magasins, sites touristiques) sera renforcé. De même, « un taux de palpation des passagers et de fouille des bagages et des cabines compris entre 30 et 50% sera appliqué dans les transports aériens de Côte d’Or ».
On pourrait croire, mais à part la fatwa c’est pas un poisson d’avril, malheureusement...
Dans la nuit de dimanche à lundi 3 avril, quatre administrations ont été les cibles d’engins incendiaires à Mâcon : le centre de recrutement de l’armée de terre, des locaux de la police municipale, les Assedic et une mairie annexe.
Un bâtiment de la police de proximité a également été la cible de graffiti anti-flic, mais le parquet doute qu’il y ait un lien direct. Par contre, les enquêteurs spécialement envoyés de Dijon « n’excluent aucune possibilité », et ces fins limiers envisagent même « la piste politique »…
Si leurs collègues du laboratoire interrégional de police scientifique d’Ecully (69) mis sur le coup sont aussi balèzes, ils ne devraient pas tarder à découvrir que d’après les empreintes biométriques retrouvées sur les lieux, le coupable est un être humain entre 5 et 105 ans…
Dans la rubrique « faits divers » qui retrace l’activité de la gendarmerie, le BP nous donne une petite idée du rôle des forces répressives d’état : entre deux arrestations de voleurs de pommes, il y a les « contrôles renforcés sur la ville dans le cadre du plan de lutte contre la délinquance », les interventions contre le bruit causé par un groupe de jeunes (lundi 5 mars à 22h) ou par un gamin de 4 ans (mardi 6 mars à 14h45), le constat de la dégradation des vitres du Mc Do de Quetigny, et même, à Châtillon, la convocation de parents d’élèves qui protestaient contre la fermeture d’une classe de primaire !
À Gueugnon, les pandores se chargent de ramener chez leurs parents les punks disparus à Dijon : « 20 ans, 1,80 m, de corpulence normale, les cheveux noirs rasés sur le côté avec une crête. Il porte un jean bleu, des chaussures montantes (style motard) avec un blouson de cuir noir. Si vous possédez des éléments susceptibles de faire avancer l’enquête, vous êtes priés de contacter la gendarmerie de Gueugnon au 03.85.85.16.34 ». Avis aux voisins des Tanneries ou du local libertaire : c’est pas la peine de faire péter le standard de la gendarmerie en appelant chaque fois que vous voyez quelqu’un correspondant à cette description, le punk disparu était simplement en vadrouille...
Ce titre est issu d’un article du Bien Public sur les recycleurs de l’automobile prend une toute autre signification quand on dresse la liste des feux de voitures depuis le mois de février [1] : une douzaine de véhicules incendiés par semaine en moyenne, sans compter les feux de poubelles, et pas que dans les « quartiers » (on compte notamment quelques feux de joie dans le quartier Victor Hugo). Dans le centre Yonne, la presse quotidienne en dénombre 19 en trois semaines.
Par ailleurs, une formidable interview d’un habitant des Grésilles nous apprend que avant qu’une voiture flambe, « tout l’immeuble est au courant », et que c’est un arrangement entre les propriétaires qui veulent toucher l’assurance et des jeunes, par ailleurs polis la journée, et qui « la nuit tombée, se prennent pour les rois du monde ». On n’attendait pas du BP un tel plaidoyer en faveur des incendiaires…
Mi-mars, les étudiants en médecine de Dijon, pour protester contre l’intégration d’une nouvelle épreuve aux examens nationaux, ont brûlé un mannequin symbolisant leur doyen devant leur fac, vidé le mobilier sur le parvis et bloqué la bibliothèque.
Promis, dès que les étudiants en Droit se mettent à brûler des voitures pour réclamer une nouvelle machine à café, Blabla vous tient au courant.
Il y a un an, le mouvement dit « anti-CPE » jetait ses derniers feux, sans pour autant que le retrait du contrat première embauche ne soit vécu comme une véritable victoire. Devant l’implosion du mouvement, qui a vacillé sous le poids de sa propre puissance, beaucoup ont ressenti cette frustration de ne pas pouvoir, de ne pas savoir continuer. Certain·e·s ont tenté de tirer parti de cette expérience de lutte pour poser les exigences d’un engagement politique fidèle aux potentialités révolutionnaires du printemps 2006.
Parmi la profusion d’expériences collectives nées du mouvement — squats, groupes affinitaires, écrits, etc. — un livre, fruit de la rencontre estivale d’une dizaine de ses protagonistes, en esquisse les enseignements, les forces et les faiblesses, pour participer à ce que le prochain ne s’arrête jamais…
Les mouvements sont faits pour mourir…, par « Le jardin s’embrase », éditions Tahin Party, 2007, 5€.
Dijon, dimanche 6 mai, fin de soirée. La rumeur court d’un rassemblement à 21h place de la Libération, en face de la Mairie. Sur place, entre 200 et 300 personnes sont rassemblées. Un groupe entreprend d’escalader la façade de la Mairie, pour y décrocher le drapeau bleu-blanc-rouge, et tenter de le brûler, sans grand succès.
À l’annonce qu’une centaine de sarkozystes sont rassemblés autour de drapeaux place Wilson, un cortège se met en branle, derrière une banderole " rage sociale ", accompagnée de divers slogans. Finalement, la manif bifurque en direction du siège de l’UMP, protégé par une rangée de CRS, qui improvisent une protection avec une barrière de chantier.
Des écharpes commencent à recouvrir les visages, et divers slogans apparaissent sur les murs, comme " chassons la racaille policière ", " quand les urnes mènent à l’impasse, reste l’insoumission ", "violences policières, autodéfense populaire !". Après quelques minutes de face à face, le cortège fait marche arrière, pour contourner le dispositif policier.
De l’autre côté, rebelotte. Des fumigènes et pétards sont allumés, et quelques projectiles atteignent les forces de l’ordre. Alors que la situation se tasse et que la manifestation commence à se disperser, la police a le bon goût de charger. Des barricades s’improvisent alors, à base de bacs à fleurs et d’arbustes, pendant que des poubelles sont incendiées.
Des gaz lacrymogènes font refluer partie des manifestant-e-s vers le centre ville, qui ne parviennent cependant pas à se regrouper. Certains souhaitent marcher sur la ville, tandis que d’autres cherchent la confrontation avec la police. L’initiative vient alors d’un bord inattendue : c’est armée d’un djembé qu’une manifestante s’attaque à la vitrine d’un magasin Hugo Boss, bientôt suivie par d’autres énervé·e·s.
Une rue plus loin, c’est une banque qui est attaquée, alors que les manifestant·e·s se dispersent, et que le drapeau français brûle, cette fois pour de bon, au sommet d’une poubelle. Plus tard, un McDo voit sa vitrine abimée, tandis que le contrôle policier se reserre. Un petit groupe de manifestant-e-s se voit poursuivi par une voiture de flics, qui se gare en travers et plaque au sol deux personnes chopées au hasard, les rouant de coups.
Il semblerait que la police ait procédé à onze arrestations. Pendant la manifestation, les médias locaux annonçaient que des incendies avaient commencé en divers points des banlieues dijonnaises.