publié le 14 janvier 2009
Ce soir se tient la première des 10 réunions publiques organisées par la mairie pour présenter le budget primitif de l’année 2009 (« primitif » signifie seulement que ce qui est présenté n’est pas ce qui sera). Et c’est le garçon boucher qui s’y colle.
C’est son allure, sa coupe de cheveux et son franc parlé véritable (il n’a jamais brillé par son élocution et ses tournures de phrases, le françois) qui me font l’imaginer tenir la boucherie du quartier. « Et avec l’andouillette, qu’est-ce que je vous mets ? ».
Devant la salle, une voiture de flic municipale. Deux poulets regardent passer les gens, parlent dans leur talkie-walkie. A l’entrée de la salle se tient une belle blonde, devant une urne dans laquelle on peut insérer un bulletin contenant d’éventuelles réclamations et des renseignements divers. « C’est ça la démocratie participative », que semble nous dire la belle, et moi de penser que les substituts d’une véritable représentativité, comme d’une véritable beauté, ne m’ont jamais séduit.
Les gens dans la salle sont plutôt vieux et plutôt pas des prolos. Il y a quelques parents et un peu de sang frais. Quelques gras morceaux en costard déambulent aussi au milieu du gymnase.
Et puis arrive le boucher du festin démocratique de ce soir, le Grand Dépeceur qui, tournant le dos au mur d’escalade, prend la posture d’un fier chapon et annonce : « merci à vous qui êtes présent ce soir, merci à ceux qui ont fait cet effort de démocratie ». On jubile !
Il nous explique alors rapidement qu’il a ramené sa meilleure arme d’information massive, un clip vidéo, et que celui-ci va nous présenter le budget 2009 « comme il a été présenté aux conseillers municipaux ». Trente minutes nous attendent…
Les clip est merveilleux : didactique, mielleux et démago à souhait. On comprend tout sans se poser de question. Il sait être aussi très alarmant en mentionnant par quatre fois « la grave crise financière » qui nous attend, par une fois « l’inflation » et deux fois le « sévère désengagement de l’Etat ». Après ce constat désastreux, le nouveau budget apparaît à point, comme magique, le mieux équilibré du monde, et balaye par là-même toute remise en question de ce qui s’affiche devant nos yeux ébahis.
Il est à noter que ce clip est un très bel instrument de propagande socialiste d’aujourd’hui, surtout par la valorisation de la parole des habitants : pour chaque grand thème (sûreté, écologie, éducation, …), apparaît à l’écran une personne qui semble être un citoyen banal et qui pose une question annonçant quasi point par point le développement que va suivre le clip. Je crois entendre : « C’est ça la démocratie participative ».
Tout le public suit attentivement ce que montre l’écran, les yeux rivés sur les jolies couleurs, les beaux enchaînements de photos, l’oreille doucement caressée par la juteuse voix de la speakerine. Le clip oscille entre le JT de TF1 et documentaire de biologie pour élève de CE2. Pendant un instant je me surprends moi-même à avaler ces conneries sans y penser. Je me ressaisis rapidement.
La conclusion du clip est des plus démagogique, et se termine en apothéose avec le voix de l’artisan charcutier : « Vous le voyez, mieux qu’un budget de résistance, c’est un budget de combat que je vous propose pour lutter contre les inégalités et créer un cadre indispensable pour faire de Dijon une ville attractive, véritable capitale régionale d’équilibre à vocation européenne ».
Le clip se termine, les lumières se rallument et le marmiton vient répondre à nos questions. Il commence bien sûr par rappeler que « dans un contexte difficile de crise mondiale », … je passe.
Puis Mireille fait sa réclamation. Elle habite au 15 rue du Chapeau Rouge et quand elle se gare pour décharger ses courses, elle reçoit un PV par la police nationale. « Cela fait deux fois déjà ». Et puis elle dit qu’elle est médecin (comprenez personne influente), que son cabinet est rue du Bourg et que là il n’y a pas de problèmes. Encore que la nuit, c’est une rue dangereuse, etc. Le traiteur dit qu’il se chargera personnellement d’en parler à la police.
Une voisine dit qu’elle aussi elle habite rue du bourg et que c’est vrai, les gens viennent vomir, pisser, que les poubelles sont fracassées, etc. Et que répond-il, le charcutier ? « C’est pour cela que vont être installées des caméras de vidéo-protection ! » (noter le terme ingénieux). « Il y aura 26 points dans tout le centre ville et cela va être placé dans les deux mois qui viennent. Vous savez tout ». Il a mis du temps mais il y vient et place la nouvelle en douceur. Le clip avait déjà annoncé les 620 000 euros consacrés à la vidéo-surveillance et comme à ce moment précis, personne n’a bronché.
On passe à une autre poule qui dit que le Duo ne fait plus de répétitions publiques et qu’elle trouve ça bien dommage parce qu ‘elle aimait bien, et puis que ... Le pro de l’andouillette au cassis répond encore une fois qu’il s’en chargera personnellement, qu’il nous l’assure.
Alors, comme je n’en peux plus de ce mauvais buffet froid, comme je sens que chaque participant va vouloir l’onction du garçon boucher, recevoir chacun son morceau de bidoche (la récompense d’être venu dans le froid et d’avoir écouté son discours saignant), je m’enfuis et je tourne le dos aux rôtis et cochonnailles de la démocratie participative.
Emile Vuillaume